﻿{"id":2121,"date":"2017-03-22T15:54:58","date_gmt":"2017-03-22T14:54:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/?p=2121"},"modified":"2017-06-27T22:34:48","modified_gmt":"2017-06-27T21:34:48","slug":"livre-riot-grrrls-manon-labry","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/livre-riot-grrrls-manon-labry\/","title":{"rendered":"RIOT GRRRLS CHRONIQUE D&rsquo;UNE REVOLUTION PUNK FEMINISTE"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">[Punk 90&rsquo;s] Extraits du livre de Manon Labry (Zones 2016)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/punk-rock\/4406-riot-grrrls-chronique-dune-revolution-punk-feministe.html\" target=\"_blank\">RIOT GRRRLS &#8211; CHRONIQUE D&rsquo;UNE REVOLUTION PUNK FEMINISTE<\/a><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/punk-rock\/4406-riot-grrrls-chronique-dune-revolution-punk-feministe.html\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-2122 size-medium\" title=\"Voir sur le site de La Petroleuse\" src=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/\/riot_grrrls_zones-204x300.jpg\" alt=\"riot_grrrls_zones\" height=\"300\" width=\"204\" srcset=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/riot_grrrls_zones-204x300.jpg 204w, http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/riot_grrrls_zones.jpg 238w\" sizes=\"(max-width: 204px) 100vw, 204px\" \/><\/a>Extrait (p.22):<\/strong> \u00ab\u00a0Encore aujourd&rsquo;hui, je trouve qu&rsquo;aucun groupe mainstream n&rsquo;est all\u00e9 aussi loin dans l&rsquo;irr\u00e9v\u00e9rence g\u00e9nialement intelligente que L7. Ca n&rsquo;est pas de la nostalgie, c&rsquo;est un constat, et j&rsquo;engage le lectorat \u00e0 me prouver le contraire (je serais tellement contente qu&rsquo;on m&rsquo;oppose la contre-preuve, vraiment faites vous plaisir). Alors \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque&#8230; Des riffs de guitare qui donnent \u00e0 penser qu&rsquo;elles ont \u00e9clus\u00e9 du m\u00e9tal en fusion par litrons depuis leurs plus tendres ann\u00e9es, des d\u00e9gaines de l&rsquo;espace et du talent dans le maintien (Jennifer Finch pieds nus en bermuda qui secoue sa chevelure effr\u00e9n\u00e9ment sans que sa ligne de basse ne soit alt\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un iota, sans doute un des plus grands moments du rock&rsquo;n&rsquo;roll), un humour franchement tordant, mais aussi, on a tendance \u00e0 l&rsquo;oublier, une radicalit\u00e9 tr\u00e8s politique sans trop en avoir l&rsquo;air: le quator fait notamment imploser les normes de genre en plein vol, pour le plus grand plaisir des demoiselles en saturation de codes suffocants. \u00ab\u00a0Tellement de clit qu&rsquo;elles ont pas besoin de boules\/ [&#8230;] les h\u00e9t\u00e9ras r\u00eaveraient d&rsquo;\u00eatre gouines\u00a0\u00bb comme \u00e8 disent avec leur proverbiale classe, dans une chanson qui rend d&rsquo;ailleurs hommage \u00e0 la batteuse de Lunachicks. Je ne peux m^^eme pas imaginer ce que \u00e7a du faire comme effet \u00e0 la meuf lambda strangul\u00e9e par ces codes de mettre pour la premi\u00e8re fois dans son walkman Smell the Magic en 1990.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.31):<\/strong> \u00ab\u00a0La petite ville universitaire d&rsquo;Eugene a beau \u00eatre sympatoche, elle ne pr\u00e9sente cependant pas les m\u00eames int\u00e9r\u00eats qu&rsquo;Olympia, undergroundement parlant. Du coup, la plupart des week-ends, le combo de choc, qui s&rsquo;ennuie un chou\u00efa sous la flotte dans sa ville de hippies, covoiture pour faire le voyage vers la Mecque du sous-sol sonique. Elles se prennent de passion pour cet univers musical aventureux, d\u00e9complex\u00e9 et d\u00e9complexant, et lient peu \u00e0 peu amiti\u00e9 avec les figures cl\u00e9s de ce petit monde. C&rsquo;est sans doute lors de l&rsquo;une de ces escapades quasi hebdomadaires qu&rsquo;elles repartent avec l&rsquo;un des premiers num\u00e9ros de Jigsaw en poche, le genre de chose qui peut changer le cours d&rsquo;une vie, pour peu qu&rsquo;on mette toutes les chances de son c\u00f4t\u00e9. <span class=\"texte_article\"><em>Jigsaw<\/em> continue de catalyser doucement les \u00e9nergies&nbsp;: les deux amies sont \u00e0 ce point enthousiasm\u00e9es par le contenu radical et \u00e9rudit du fanzine, qui joue sur toutes leurs cordes sensibles, que Molly Neuman \u00e9crit \u00e0 son tour \u00e0 Tobi Vail pour lui faire part de leurs id\u00e9es et de leurs projets. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, elles souhaitent avant tout parler, et consigner des informations sur la sc\u00e8ne qui les passionne, et plus sp\u00e9cifiquement sur les groupes enti\u00e8rement ou majoritairement f\u00e9minins, dont elles d\u00e9plorent constamment la significative absence dans les m\u00e9dias, m\u00eame <em>underground<\/em>. Elles m\u00fbrissent alors un projet d\u2019\u00e9mission radio qui, faute de radio, ne verra jamais le jour. Quand Tobi Vail leur sugg\u00e8re d\u2019\u00e9crire un fanzine, elles s\u2019avisent que oui, \u00e7a tombe sous le sens<\/span>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.44):<\/strong> \u00ab\u00a0<span class=\"texte_article\">Et banco, je vous le donne en mille, ce sera aussi le cas de Bikini Kill. En mai et juin, le groupe part en tourn\u00e9e am\u00e9ricaine en premi\u00e8re partie de Nation of Ulysses, une tourn\u00e9e qui doit pr\u00e9cis\u00e9ment s\u2019achever sur une date \u00e0 Washington DC. Lorsque Wolfe et Neuman font part \u00e0 Bikini Kill de leur dessein estival, cela fait vite pencher la balance, malgr\u00e9 le fait que trois d\u2019entre elleux soient Scorpion (oui, j\u2019ai un petit penchant pour l\u2019astrologie. Y a pas de mal \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer \u00e7a \u00e0 Freud comme grille d\u2019analyse, c\u2019est beaucoup moins nocif pour les femmes, croyez-moi, et sinon demandez \u00e0 ma m\u00e8re). Mais qui sont ces Nation of Ulysses&nbsp;? Selon leurs propres dires, \u00e7a \u00ab&nbsp;n\u2019est pas un groupe, mais un parti terroriste et un groupe politique \u00bb, dont le premier album, <em>13-Point Program to Destroy America<\/em>, explicite l\u2019ordre du jour. En gros, c\u2019est un groupe de hardcore n\u00e9o-situationniste, tr\u00e8s vers\u00e9 dans la th\u00e9orie, pro-<em>kids<\/em> et anti-adultes, qui a aussi son fanzine, un fanzine qui raconte des histoires vraies ou fausses, d\u2019une mani\u00e8re pas toujours limpide et ce volontairement&nbsp;: pour Nation of Ulysses, l\u2019essentiel, c\u2019est le concept, et les politiques de l\u2019esth\u00e9tique. Et sur ces deux derniers points, on se souvient que celle qui en conna\u00eet un rayon, c\u2019est Tobi Vail. Quand Nation of Ulysses pointe son nez \u00e0 Olympia en 1990 pour enregistrer son premier 45-tours, le courant passe donc assez vite.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.52):<\/strong> \u00ab\u00a0Si la sc\u00e8ne hardcore de DC, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, est beaucoup plus m\u00e2le qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait auparavant, et si les figures pro\u00e9minentes du courant sont sans conteste des \u00ab&nbsp;ils&nbsp;\u00bb, un certain nombre de femmes continuent de graviter dans le milieu et d\u2019y jouer un r\u00f4le important. Il y a Kristin Thomson et Jenny Toomey, b\u00e9n\u00e9voles \u00e0 Positive Force, qui ont mont\u00e9 un label DIY, Simple Machines, au d\u00e9part pour leur propre groupe, Tsunami, et ceux de leurs ami-e-s. Finalement, le label finira par sortir plus de quatre-vingts enregistrements sur huit ans d\u2019existence. En 1991, elles r\u00e9digent aussi un <em>Guide to Putting Out Records<\/em>, un genre de fanzine o\u00f9 elles d\u00e9crivent la marche \u00e0 suivre et les \u00e9tapes pour monter son propre label, et qu\u2019elles distribuent gratuitement. Au total, elles en feront quatre r\u00e9\u00e9ditions, et en exp\u00e9dieront plus de 8&nbsp;000 exemplaires. Il y a Jen Smith, qui s\u2019est d\u00e9j\u00e0 li\u00e9e d\u2019amiti\u00e9 avec les Bratmobileuses,&nbsp;et est devenue contributrice \u00e0 <em>Girl Germs&nbsp;<\/em>; il y a Mary Timony et&nbsp;Christina Billotte, qui forment la moiti\u00e9 d\u2019Autoclave (Billotte jouera ensuite dans Slant 6, un autre groupe enti\u00e8rement f\u00e9minin)&nbsp;; il y a Sharon Cheslow, qui a tout vu depuis le d\u00e9but \u00e0 DC, en faisant partie de l\u2019un des premiers groupes de hardcore enti\u00e8rement f\u00e9minin \u00e0 se faire une place dans la sc\u00e8ne \u00e0 partir de 1981 (et non sans mal). Cheslow est aussi coauteure (aux c\u00f4t\u00e9s de Cynthia Connolly et Leslie Clague) du livre <em>Banned in DC<\/em>, sorti pour la premi\u00e8re fois en 1988, et \u00e9ditrice du fanzine <em>Interrobang&nbsp;?&nbsp;!<\/em> Cheslow, c\u2019est l\u2019\u0153il de Moscou gentil du hardcore, une archiviste et historienne incollable, notamment en ce qui concerne les groupes pour tout ou partie f\u00e9minins. En 1991, Cheslow n\u2019habite plus DC, mais, co\u00efncidence \u2013&nbsp;je ne pense pas&nbsp;\u2013, elle est venue y passer l\u2019\u00e9t\u00e9, ce qui lui permettra entre autres de monter un <em>side project<\/em> avec Kathleen Hanna, pendant ces quelques mois, un groupe appel\u00e9 Suture.b Allez, on a quoi, une douzaine de forces vives en pr\u00e9sence, peut-\u00eatre plus, mais l\u2019histoire est encore obscure, eh bien cela va suffire \u00e0 transformer la plan\u00e8te. Je n\u2019exag\u00e8re pas. Tu parles de forces, cela dit. C\u2019est le nucl\u00e9aire de l\u2019<em>underground<\/em> qui est en train de fissionner, l\u00e0. Toutes ces solitudes et ces frustrations qui ont dur\u00e9 si longtemps et qui p\u00e8tent d\u2019un coup \u00e0 la vue de tous ces possibles ensemble, forc\u00e9ment (entendons-nous bien, ce nucl\u00e9aire est partout et peut fissionner \u00e0 tout moment \u2013&nbsp;si les solitudes et les frustrations avaient disparu, cela se saurait)\u2026 Reste \u00e0 savoir que faire avec toutes ces envies, et comment se mettre en contact avec d\u2019autres filles, parce que c\u2019est s\u00fbr, maintenant on sait qu\u2019il ne peut pas en \u00eatre autrement, elles sont l\u00e9gion.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.72):<\/strong> \u00ab\u00a0Les choses commencent \u00e0 \u00eatre plus s\u00e9rieusement mises \u00e0 plat. Pendant l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, la col\u00e8re \u00e9tait l\u00e0 et bien l\u00e0. On savait qu\u2019on se battait pour de bonnes raisons, les premi\u00e8res \u00e9tant les plus dommageablement visibles, comme je disais. Mais on s\u2019\u00e9tait presque associ\u00e9s par magie, sans trop mentaliser la panac\u00e9e que c\u2019\u00e9tait de ne m\u00eame pas avoir \u00e0 parler pour se comprendre. Vu la tournure que prennent les choses, en ce d\u00e9but d\u2019automne 1991, il faut cependant commencer \u00e0 imaginer que tout \u00e7a va d\u00e9passer la petite sph\u00e8re qui a donn\u00e9 le coup de pied dans la fourmili\u00e8re, et que par cons\u00e9quent il faut qu\u2019il y ait des choses \u00e9crites qui n\u2019explicitent pas ce qui se passe sinon c\u2019est trop limitatif, mais qui donnent une id\u00e9e de ce qui pourrait se passer. Ce fanzine, c\u2019est aussi le moment o\u00f9 la critique de la connexit\u00e9 entre capitalisme et patriarcat commence \u00e0 \u00eatre plus clairement articul\u00e9e. Et quand je dis capitalisme, je me range derri\u00e8re leur conception du capitalisme&nbsp;: un syst\u00e8me simpliste en apparence, qui pense en pour et contre et en noir ou blanc, mais qui en d\u00e9finitive a mis les pires graines d\u2019id\u00e9es dans ta tronche depuis des milliers d\u2019ann\u00e9es. C\u2019est donc qu\u2019il n\u2019est pas si simpliste. C\u2019est donc aussi \u2013&nbsp;mais \u00e7a, ce sont mes id\u00e9es de vieille conne pessimiste&nbsp;\u2013 que si on ne veut pas faire autrement \u00e0 force de tous ces si\u00e8cles, c\u2019est qu\u2019on ne peut pas faire autrement. Bref, les riot grrrls en devenir ont le m\u00e9rite de poser la question. Les questions. Elles n\u2019ont jamais pr\u00e9tendu r\u00e9pondre \u00e0 quoi que ce soit. Et c\u2019est bien \u00e7a que je trouve fabuleux. Il n\u2019y a rien de plus radical contre un syst\u00e8me qui lutte pour sa propre coh\u00e9rence que de rester insaisissable et de laisser les r\u00e9ponses en suspens. Et ce n\u2019est pas aussi simple que \u00e7a en a l\u2019air. Que dit donc ce premier manifeste, \u00e9dict\u00e9 de mani\u00e8re provisoirement d\u00e9finitive par la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e \u00e0 la communication contradictoire, Kathleen Hanna&nbsp;?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.87):<\/strong> \u00ab\u00a0Quand Bratmobile et Heavens to Betsy arrivent \u00e0 DC en juillet, les choses sont en train de prendre un tour nouveau. L\u2019arm\u00e9e des femmes commence \u00e0 s\u00e9rieusement faire flipper le FBI. Bikini Kill lance l\u2019une des nombreuses d\u00e9clarations de guerre devant le Capitole, o\u00f9 si\u00e8ge la Cour supr\u00eame, lors d\u2019un concert-manifestation o\u00f9 se produit aussi Fugazi. Un rassemblement destin\u00e9 \u00e0 d\u00e9noncer les politiques droiti\u00e8res de Bush Papa, soutenues par le S\u00e9nat, qui se double d\u2019une r\u00e9sonance toute particuli\u00e8re pour les riot grrrls&nbsp;: le droit \u00e0 l\u2019avortement est en effet s\u00e9rieusement menac\u00e9 en 1992, date o\u00f9 la Cour supr\u00eame est \u00e0 deux doigts d\u2019infirmer les d\u00e9cisions rendues au proc\u00e8s Roe <em>vs<\/em> Wade, qui avait abouti en 1973 \u00e0 la l\u00e9galisation de l\u2019IVG. Si la loi est finalement maintenue, il n\u2019en demeure pas moins que la possibilit\u00e9 est \u00e0 ce moment-l\u00e0 accord\u00e9e aux \u00c9tats d\u2019adopter individuellement des mesures restrictives. Bikini Kill commence ce jour-l\u00e0 par la d\u00e9sormais traditionnelle annonce&nbsp;: \u00ab&nbsp;Plus y aura de filles devant, mieux ce sera. Et si&nbsp;quelqu\u2019un vous emmerde pendant le concert pour une raison X ou Y, et que vous avez besoin de venir devant, venez devant et asseyez-vous sur la sc\u00e8ne, et \u00e9loignez-vous de \u00e7a et dites-le-nous, parce que ce ne devrait pas \u00eatre de la responsabilit\u00e9 d\u2019une seule personne dans la foule d\u2019avoir \u00e0 g\u00e9rer des connards.&nbsp;\u00bb Et d\u2019encha\u00eener sur \u00ab&nbsp;Girl soldier&nbsp;\u00bb, interpr\u00e9t\u00e9e en trio. C\u2019est l\u2019une des plus anciennes archives vid\u00e9o du groupe que l\u2019on puisse trouver facilement, sortie des profondeurs de la m\u00e9moire VHS il y a quelques mois seulement, et c\u2019est aussi l\u2019une des plus poignantes selon moi, allez y jeter un \u0153il, \u00e7a vaut le d\u00e9tour. Poignant dans le texte&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai endur\u00e9 tellement de saloperies de sortes de mensonges pour toi\/Je hurle avec mes mains dans mon c\u0153ur\/j\u2019ai plong\u00e9 dans tes foutus yeux morts\/Tu \u00e9cartes mes jambes\/Je parie que vous n\u2019avez pas remarqu\u00e9 pourquoi on pleurait\/Je parie que vous n\u2019en avez rien \u00e0 foutre\/Apr\u00e8s tout ce ne sont que des femmes qui mouraient\/Apr\u00e8s tout ce ne sont que des femmes qui mouraient\/Apr\u00e8s tout ce ne sont que des filles qui mouraient\/La guerre\/\u00c0 la maison\/C\u2019est ici\/Aujourd\u2019hui\/Cette foule\/Ta maison\/Toujours\/Fille soldate.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.96):<\/strong> \u00ab\u00a0Il me semble que le probl\u00e8me de la race est trop souvent trait\u00e9 de mani\u00e8re un peu simpliste lorsqu\u2019il s\u2019agit de raconter l\u2019histoire des riot grrrls (comme, probablement, il est aussi trait\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9ductrice quand il s\u2019agit de raconter l\u2019histoire des f\u00e9ministes de la \u00ab&nbsp;seconde vague&nbsp;\u00bb). Trop simpliste, mais peut-\u00eatre surtout trop blanchissante. Je vais anticiper un peu sur la suite et la fin de mon propos ici, mais il est important de souligner plusieurs choses. Dans quasiment tous les r\u00e9cits qui se penchent sur le courant riot grrrl, il est fait \u00e9tat de l\u2019\u00e9chec de ces derni\u00e8res en mati\u00e8re de mixit\u00e9 raciale (et, dans une moindre mesure, de classes). C\u2019est bien gentil et \u00e7a donne bonne conscience \u00e0 tout le monde de le dire, mais de quel courant riot grrrl parle-t-on exactement&nbsp;? Parle-t-on de la&nbsp;Trinit\u00e9 des groupes initiaux qui ont tr\u00e8s largement contribu\u00e9 \u00e0 ce que la tendance se d\u00e9veloppe&nbsp;? Dans ce cas, c\u2019est ind\u00e9niable. Parle-t-on des tout premiers collectifs olympien et washingtonien&nbsp;? Dans ce cas, c\u2019est difficilement contestable \u00e9galement. Mais peut-\u00eatre que d\u00e9j\u00e0 si l\u2019on inclut riot grrrl NYC dans ces tout premiers collectifs, c\u2019est un tantinet davantage litigieux. Le hic majeur, c\u2019est que contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait penser en lisant ce livre, mais l\u00e0 aussi je vais m\u2019expliquer, le courant riot grrrl ne s\u2019est jamais arr\u00eat\u00e9 \u00e0 ces premiers groupes et collectifs qui ont \u00e9t\u00e9 au fil du temps rendus (seuls&nbsp;?) visibles par les comptes rendus plus ou moins <em>mainstream<\/em> du ph\u00e9nom\u00e8ne. Le hic majeur, c\u2019est que, en affirmant \u00e0 tire-larigot que les riot grrrls ont \u00e9chou\u00e9 en mati\u00e8re de mixit\u00e9, on passe l\u2019\u00e9ponge qui lave plus blanc que blanc sur les innombrables contributions des grrrls de couleur qui sont venues enrichir le courant, notamment en le critiquant. Jamais personne n\u2019a dit que tout le monde devait \u00eatre d\u2019accord, c\u2019est m\u00eame \u00e9nonc\u00e9 d\u2019embl\u00e9e dans l\u2019un des premiers num\u00e9ros de <em>riot grrrl<\/em>, le zine. Et c\u2019\u00e9tait \u00e9nonc\u00e9 ailleurs avant dans une fiction r\u00e9elle aussi vraie que la r\u00e9alit\u00e9 fictionnelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils parlent toujours d\u2019unit\u00e9. \u201cOn a besoin d\u2019unit\u00e9 d\u2019unit\u00e9.\u201d Moi je dis toujours, si tu \u00e9tais l\u2019arm\u00e9e et l\u2019\u00e9cole et la t\u00eate des institutions de sant\u00e9 et la t\u00eate du gouvernement, et que vous aviez tous des flingues. Qu\u2019est-ce que tu pr\u00e9f\u00e9rerais voir arriver \u00e0 ta porte&nbsp;? UN lion, unifi\u00e9, ou cinq cents souris&nbsp;? Ma r\u00e9ponse, c\u2019est que cinq cents souris peuvent faire beaucoup de d\u00e9g\u00e2ts et de disruption\u2026&nbsp;\u00bb Ce que je veux dire, c\u2019est que tous ces r\u00e9cits inexacts, d\u2019une part, taisent le travail d\u2019une grosse partie des riot grrrls, nomm\u00e9ment les riot grrrls de couleur, qui cumulent les tares pour l\u2019archive, d\u2019autre part perp\u00e9tuent ce mythe nocif de l\u2019unit\u00e9 absolue sous la banni\u00e8re \u00e9crite en lettres capitales d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 absolue qui n\u2019existe pas plus que le reste. Et de renquiller imm\u00e9diatement tous les imaginaires vers tous les clich\u00e9s visuels et id\u00e9els d\u2019une r\u00e9volution imm\u00e9diate improbable qui ne fait en fait qu\u2019\u00e9tayer le syst\u00e8me tel qu\u2019il est. Le pire, c\u2019est que ce n\u2019est m\u00eame pas conscient, tout \u00e7a. Pour l\u2019instant, on pr\u00e9f\u00e8re se donner bonne conscience en montrant du doigt les failles des autres. Mais, finalement, pour notre arm\u00e9e, \u00e7a n\u2019est peut-\u00eatre pas si mal. Attention, je ne minimise pas les erreurs des r\u00e9seaux riot grrrl en mati\u00e8re d\u2019inclusivit\u00e9. Non plus que je ne nie le fait que les premiers collectifs \u00e9taient tr\u00e8s effectivement majoritairement blancs. Non plus que tout \u00e7a ait bien d\u00e9raill\u00e9 quand les m\u00e9dias se sont m\u00eal\u00e9s de l\u2019histoire (c\u2019est-\u00e0-dire tr\u00e8s bient\u00f4t), et que tout le monde se soit mis \u00e0 jouer de culpabilit\u00e9 bien blanche, \u00e0 se demander qui \u00e9tait plus raciste que qui, et \u00e0 laisser toujours de c\u00f4t\u00e9 l\u2019avis des principales int\u00e9ress\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.116):<\/strong> \u00ab\u00a0<span class=\"texte_article\">Pendant ce temps, pendant que la premi\u00e8re cellule donne tout ce qu\u2019elle peut encore donner avant d\u2019imploser pour faire des petites (oui, c\u2019est comme \u00e7a que marche la reproduction dans nos r\u00e9seaux&nbsp;: dans de rares cas par mythose \u2013&nbsp;les cas les plus int\u00e9ressants, bien s\u00fbr&nbsp;\u2013, mais le plus souvent par scissiparit\u00e9), les collectifs ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 se multiplier \u00e0 travers le pays&nbsp;: toutes celles qui ont regagn\u00e9 leurs p\u00e9nates apr\u00e8s la convention sont revenues avec de bonnes id\u00e9es, de fermes intentions, un carnet d\u2019adresses postales et un balluchon plein de fanzines. Impossible de dire combien il y en a \u00e0 cette \u00e9poque, mais un an plus tard, courant 1993, Riot Grrrl Press \u00e9tablira une liste \u00e9num\u00e9rant une vingtaine de \u00ab&nbsp;riot grrrl chapters&nbsp;\u00bb (bien r\u00e9els ce coup-ci) actifs aux \u00c9tats-Unis ainsi qu\u2019\u00e0 Vancouver. Des collectifs qu\u2019ont rejoints celles qui ont su lire entre les lignes des journaux <em>mainstream<\/em>, et qui n\u2019ont pas tard\u00e9 \u00e0 chercher et d\u00e9couvrir le pot aux roses. Mais je sens que la question vous br\u00fble les l\u00e8vres&nbsp;: qu\u2019est-ce donc que Riot Grrrl Press&nbsp;? Tout simplement l\u2019une des preuves que la b\u00eate aux mille t\u00eates cro\u00eet inexorablement.<\/span>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.129):<\/strong> \u00ab\u00a0Mais les Kills sont us\u00e9s. Trop de pressions, trop d\u2019ann\u00e9es en premi\u00e8re ligne du front de l\u2019arm\u00e9e, trop de risques aussi. Dans la bo\u00eete \u00e0 lettres de Kill Rock Stars, les messages haineux et les menaces de mort (notamment \u00e0 l\u2019encontre de Kathleen Hanna) s\u2019accumulent et commencent \u00e0 taper sur le syst\u00e8me du groupe. La mort tragique cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 de Mia Zapata, la chanteuse du groupe punk de Seattle The Gits, viol\u00e9e et assassin\u00e9e sauvagement, fait une horrible piq\u00fbre de rappel, si besoin \u00e9tait, \u00e0 toute la sc\u00e8ne f\u00e9minine et f\u00e9ministe du Pacific Northwest&nbsp;: tout en revalidant de la pire mani\u00e8re la n\u00e9cessit\u00e9 de leurs actions, elle glace aussi le sang des figures les plus expos\u00e9es de la tendance. Toutes ces menaces ne sont pas du flan&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non nous ne prenons pas les choses trop au s\u00e9rieux. Non nous ne sommes pas paranos.&nbsp;\u00bb Bien qu\u2019il y ait des raisons de le devenir. Bikini Kill fait donc un <em>break<\/em> bien m\u00e9rit\u00e9, en plus de se distancer d\u00e9finitivement d\u2019avec le mouvement riot grrrl, qui, lui, continue de prendre l\u2019ampleur qui se doit. Cela permettra \u00e0 Kathleen Hanna de reprendre son souffle en s\u2019installant \u00e0 Portland dans une maison f\u00e9ministe non mixte avec notamment une certaine Johanna Fateman, \u00e0 qui l\u2019on doit alors de superbes fanzines (<em>Artaud Mania<\/em>, par exemple). Kathi Wilcox, Billy Karren et Tobi Vail accompagn\u00e9s de Molly Neuman repartent quant \u00e0 eux en tourn\u00e9e am\u00e9ricaine sous le nom de Frumpies, avec leurs acolytes de Huggy Bear. Avant tout \u00e7a, Bikini Kill s\u2019est assur\u00e9 d\u2019envoyer ses meilleurs v\u0153ux de bonheur \u00e0 tous les <em>major labels<\/em> qui leur tournaient autour comme des mouches&nbsp;: de jolies petites cartes postales avec des c\u0153urs dessus, comme celle adress\u00e9e \u00e0 Warner&nbsp;: \u00ab&nbsp; Cher Tim , les Bikini Kills ont d\u00e9cid\u00e9 de rester ind\u00e9pendant-e-s. Merci pour ta consid\u00e9ration. Les Kills (Kathi, Kathleen, Tobi +&nbsp;Bill).&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Punk 90&rsquo;s] Extraits du livre de Manon Labry (Zones 2016) RIOT GRRRLS &#8211; CHRONIQUE D&rsquo;UNE REVOLUTION PUNK FEMINISTE Extrait (p.22): \u00ab\u00a0Encore aujourd&rsquo;hui, je trouve qu&rsquo;aucun groupe mainstream n&rsquo;est all\u00e9 aussi loin dans l&rsquo;irr\u00e9v\u00e9rence g\u00e9nialement intelligente que L7. 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