CE QUI FAIT UNE VIE - ESSAI SUR LA VIOLENCE, LA GUERRE ET LE DEUIL


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CE QUI FAIT UNE VIE - ESSAI SUR LA VIOLENCE, LA GUERRE ET LE DEUIL

Judith Butler

[Critique sociale - Philosophie - Violence]

Judith Butler analyse une série d'événements politiques récents, depuis le scandale des photographies des tortures d'Abou Graïb jusqu'aux attentats-suicide, en passant par les poèmes manuscrits des prisonniers de Guantanamo, censurés par le ministère américain de la Défense. Croisant perspectives psychanalytique et philosophique, elle interroge les grilles de lecture que nous imposent les médias dans leur couverture des guerres contemporaines. Elle analyse comment les sentiments que nous éprouvons, nos réactions morales face à la violence - horreur, indignation ou indifférence - sont modelés par ces cadres de perception imposés. A quelles conditions certaines vies, certains sujets peuvent-ils ou ne peuvent-ils pas être reconnus comme vivants ? De quelles vies pouvons-nous faire le deuil ? La philosophe en appelle sur cette base à une réorientation de la pensée politique - l'enjeu le plus urgent étant de mettre au coeur du projet politique la reconnaissance de la précarité radicale des vies humaines, une reconnaissance qui va de pair avec la nécessité de leur protection contre la violence de pouvoirs arbitraires.

«Ce livre se compose d’une introduction et de cinq textes écrits en réponse à la guerre contemporaine, dans lesquels je me concentre sur les modes culturels de régulation des dispositions affectives et éthiques opérant par un cadrage sélectif et différentiel de la violence. Il fait suite d’une certaine manière à Vie précaire, publié en français par les éditions Amsterdam en 2005, notamment dans la mesure où il suggère l’idée qu’une vie déterminée ne peut être, à strictement parler, appréhendée comme ayant été blessée ou perdue si elle n’a pas au préalable été appréhendée comme vivante. Si certaines vies ne sont pas qualifiées comme étant des vies, ou si elles ne sont pas d’emblée concevables en tant que telles dans certains cadres épistémologiques, il en résulte qu’elles ne sont jamais vécues ni perdues en un sens plein ou reconnaissable. D’un côté, je cherche à attirer l’attention sur le problème épistémologique que soulève cette question de cadrage : les cadres à travers lesquels nous appréhendons ou au contraire échouons à appréhender les vies des autres comme étant perdues ou blessées (sujettes à la perte ou à la blessure) sont politiquement saturés. Ils sont eux-mêmes des opérations de pouvoir. S’ils ne déterminent pas de manière unilatérale les conditions de l’apparaâtre (appearance), leur finalité est néanmoins d’en délimiter la sphère. D’un autre côté, le problème est ontologique, la question posée étant : «Qu’est-ce qu’une vie ?» L’«être» d’une vie est lui-même constitué de façon sélective ; il en résulte que l’on ne peut se référer à cet «être» hors des opérations de pouvoir et qu’il nous faut préciser les mécanismes spécifiques de pouvoir à travers lesquels la vie est produite. Cette conception a manifestement des conséquences sur la manière dont on pense la «vie» en biologie cellulaire et dans les neurosciences, étant donné que certaines manières de cadrer ce qui compte comme vie informent à la fois ces pratiques scientifiques et les débats sur le début et la fin de la vie qui prévalent dans les discussions sur la liberté reproductive et l’euthanasie. S’il est vrai que ce que j’ai à dire ici peut avoir des implications quant à ces débats et entretient des résonances avec ces champs, je m’intéresserai ici plus particulièrement à la guerre – pourquoi et comment il devient plus facile ou plus difficile de s’y engager.»


Zones (2010) 180 p. 14 x 20 cm

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