﻿{"id":2036,"date":"2016-03-31T11:17:43","date_gmt":"2016-03-31T10:17:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/?p=2036"},"modified":"2017-06-28T11:10:54","modified_gmt":"2017-06-28T10:10:54","slug":"livre-le-gout-de-lemeute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/livre-le-gout-de-lemeute\/","title":{"rendered":"LE GO\u00dbT DE L&rsquo;EMEUTE"},"content":{"rendered":"<p>[Revolte Paris Belle-Epoque] Extraits du livre d&rsquo;Anne Steiner (L&rsquo;Echapp\u00e9e 2012)<\/p>\n<p><strong><a title=\"Voir sur le site de La Petroleuse\" href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/revoltes-revolutions\/4266-le-gout-de-lemeute.html\" target=\"_blank\">LE GO\u00dbT DE L&rsquo;EMEUTE &#8211; MANIFESTATIONS ET VIOLENCES DE RUE DANS PARIS ET SA BANLIEUE A LA \u00ab\u00a0BELLE EPOQUE\u00a0\u00bb<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/revoltes-revolutions\/4266-le-gout-de-lemeute.html\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-2038 size-medium\" title=\"Voir sur le site de La Petroleuse\" src=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/\/le_gout_de_lemeute-190x300.jpg\" alt=\"le_gout_de_lemeute\" height=\"300\" width=\"190\" srcset=\"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/le_gout_de_lemeute-190x300.jpg 190w, https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/le_gout_de_lemeute.jpg 222w\" sizes=\"(max-width: 190px) 100vw, 190px\" \/><\/a>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0A Paris, 45000 policiers et soldats avaient \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s pour le maintien de l&rsquo;ordre, et des responsables syndicaux furent arr\u00eat\u00e9s \u00e0 titre pr\u00e9ventif. La garde \u00e0 cheval tourna sans r\u00e9pit place de la R\u00e9publique, effectuant la manoeuvre dite du man\u00e8ge, rendant impossible tout regroupement. Ce fut dans les rues adjacentes que les \u00e9chauffour\u00e9s se produisirent, en particulier rue de Belleville, o\u00f9 un funiculaire fut renvers\u00e9 et des barricades dress\u00e9es. Le dispositif utilis\u00e9, s&rsquo;il fut assez efficace pour emp\u00eacher la tenue d&rsquo;une grande manifestation, contribua de fa\u00e7on paradoxale \u00e0 la r\u00e9ussite de cette journ\u00e9e en renfor\u00e7ant la peur des uns et la combativit\u00e9 des autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0En avril 1905, socialistes r\u00e9formistes et socialistes r\u00e9volutionnaires s&rsquo;\u00e9taient reunis au sein de la m\u00eame organisation, la SFIO, qui reconnaissait la validit\u00e9 de la doctrine marxiste de la lutte des classes et qui refusait toute participation \u00e0 un gouvernement bourgeois. A court terme cependant, l&rsquo;organisation, en acceptant la participation au jeu \u00e9lectoral, s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9e dans la voie du r\u00e9formisme, m\u00eame si avec seulement 54 d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus en mai 1906, les socialistes unifi\u00e9s restaient cantonn\u00e9s \u00e0 un r\u00f4le d&rsquo;opposition parlementaire. Au sein de la SFIO subsistait cependant un courant purement insurrectionnaliste incarn\u00e9 par Gustave Herv\u00e9, fondateur en 1906 de La Guerre Sociale. Cet hebdomadaire, anim\u00e9 par une \u00e9quipe de socialistes, de syndicalistes et de communistes libertaires, se voulaient ouvert \u00ab\u00a0\u00e0 tous ceux qui travaillent, autrement que par l&rsquo;action l\u00e9gale, \u00e0 l&rsquo;expropriation de la bourgeoisie capitaliste en vue de la socialisation des moyens de production\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0La figure de l&rsquo;ennemi par excellence est celle du policier, victime de tentatives de lynchage quand il circule seul, mais aussi de l&rsquo;indiff\u00e9rent, de celui qui ne partage ni l&rsquo;indignation, ni le deuil des \u00e9meutiers: le commer\u00e7ant qui tient boutique sans au minimum arborer un cr\u00eape noir sur sa devanture, le travailleur qui ne ch\u00f4me pas, le badaud qui passe son chemin. C&rsquo;est pourquoi les passagers des bus et des tramways sont sortis sans m\u00e9nagement des v\u00e9hicules promis aux flammes et que les conducteurs sont parfois molest\u00e9s. La position de classe n&rsquo;est pas oubli\u00e9e: \u00e0 Villeneuve, des voitures sont prises pour cibles en tant que symboles de richesse, et boulevard de Courcelles, des pierres sont jet\u00e9s sur les vitres d&rsquo;immeubles bourgeois. Ces foules sans leaders ni organisation, sans autre but que de dire leur indignation, ne sont pas sans paroles ni symboles. Elles ont leurs embl\u00e8mes: le drapeau rouge et le drapeau noir, les banni\u00e8res des sections syndicales, l&rsquo;\u00e9glantine \u00e0 la boutonni\u00e8re, les rubans rouges dans les cheveux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Alors la solidarit\u00e9 s&rsquo;organisa, les enfants en \u00e2ge de se d\u00e9brouiller furent confi\u00e9s \u00e0 des familles d&rsquo;autres communes tandis que des collectes \u00e9taient organis\u00e9es pour subventionner la \u00ab\u00a0soupe communiste\u00a0\u00bb servie chaque jour aux familles de gr\u00e9vistes. Des barrages furent \u00e9tablis \u00e0 la porte des usines pour emp\u00eacher l&rsquo;entr\u00e9e des mati\u00e8res premi\u00e8res et la sortie des boutons, et pour persuader ceux qui travaillaient encore de rejoindre le mouvement. A l&rsquo;appel du maire de la commune, Troisoeufs, qui \u00e9tait \u00e9galement patron boutonnier, les gendarmes s&rsquo;install\u00e8rent \u00e0 Lormaison pour d\u00e9fendre \u00ab\u00a0la libert\u00e9 du travail\u00a0\u00bb et, en moins de deux semaines, ils arr\u00eat\u00e8rent une vingtaine de gr\u00e9vistes accus\u00e9s de repr\u00e9sailles \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des jaunes, de bris de mat\u00e9riel ou d&rsquo;injures aux forces de l&rsquo;ordre. La mobilisation ne fl\u00e9chissant pas malgr\u00e9 les menaces de renvoi, les patrons finirent par s&rsquo;asseoir \u00e0 la table des n\u00e9gociations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Pour emp\u00eacher le d\u00e9part des neuf autres personnes arr\u00eat\u00e9es, les habitants accoururent en masse et entour\u00e8rent les fourgons cellulaires que gardaient 200 hussards. Le jeune lieutenant qui commandait le d\u00e9tachement, monocle \u00e0 l&rsquo;oeil, narguait la foule en faisant des moulinets avec son sabre. Pour \u00e9carter les plus hardies des femmes qui tentaient co\u00fbte que co\u00fbte d&rsquo;approcher les prisonniers, il s&rsquo;amusa \u00e0 taquiner leur sein de la pointe de la lame. Et pour bien leur montrer le m\u00e9pris dans lequel il les tenait, il eut ce geste obsc\u00e8ne qu&rsquo;en argot de l&rsquo;\u00e9poque on appelait \u00ab\u00a0tailler une basane\u00a0\u00bb. Un geste qui d\u00e9cupla la rage des gr\u00e9vistes: des insultes fus\u00e8rent, des pierres furent lanc\u00e9es. Alors la troupe chargea cette foule d\u00e9sarm\u00e9e, compos\u00e9e en grande partie de femmes et d&rsquo;enfants: il y eut dix bless\u00e9s graves et trois manifestants arr\u00eat\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0A vingt-trois heures trente, l&rsquo;\u00e9meute avait atteint son point paroxystique. A l&rsquo;angle de la rue de Tocqueville et de la place Villiers, trois autobus bond\u00e9s de voyageurs furent bloqu\u00e9s par les manifestants qui somm\u00e8rent les passagers de descendre, bousculant ceux qui tardaient \u00e0 s&rsquo;ex\u00e9cuter. Il fallait ce soir l\u00e0 choisir son camp! Pour les manifestants, quiconque ne protestait pas avec eux contre l&rsquo;ex\u00e9cution de Ferrer se situait dans le camp de ses pers\u00e9cuteurs et ne m\u00e9ritait pas d&rsquo;\u00eatre m\u00e9nag\u00e9. A peine le dernier voyageur sorti, la foule se pr\u00e9cipita pour ouvrir les r\u00e9servoirs d&rsquo;alcool des v\u00e9hicules avant d&rsquo;y mettre le feu. L&rsquo;avenue Villiers s&rsquo;en trouva tout illumin\u00e9e. Une foule immense s&rsquo;y trouvait encore mass\u00e9e, resserrant les rangs entre deux charges, tremblant d&rsquo;indignation et de col\u00e8re, ivre de sa force et meurtrie de son impuissance. Les pompiers, accueillis par des projectiles et des sifflets, furent dans l&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;agir et laiss\u00e8rent les carcasses se consumer jusqu&rsquo;\u00e0 une heure avanc\u00e9e de la nuit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Plut\u00f4t que de s&rsquo;engager dans la rue Trousseau comme les organisateurs le leur demandaient, les manifestants suivirent la rue du faubourg Saint Antoine jusqu&rsquo;\u00e0 la place de la Nation: ils y avaient quelques comptes \u00e0 r\u00e9gler. Devant le num\u00e9ro 210, si\u00e8ge de la maison Sanyas et Popot, gard\u00e9 par une vingtaine de policiers en faction, ils marqu\u00e8rent un temps d&rsquo;arr\u00eat et on entendit monter une clameur: \u00ab\u00a0Assassins! Assassins!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Hou! hou! la police!\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Vive la Commune!\u00a0\u00bb. Des pierres furent lanc\u00e9es en direction des vitres et cinq coups de feu partirent, provoquant un mouvement de panique dans la foule. Une balle traversa la main de l&rsquo;agent Dautel qui fut aussi frapp\u00e9 \u00e0 la t\u00eate \u00e0 coups de parapluie. Plus tard, dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, l&rsquo;\u00e9tablissement finit par \u00eatre totalement mis \u00e0 sac par les derniers manifestants, nullement impressionn\u00e9s par la pr\u00e9sence de policiers brandissant leurs armes pour les dissuader d&rsquo;entrer. Un peu plus loin, \u00e0 la hauteur de l&rsquo;h\u00f4pital Saint Antoine, le poste de police Sainte Marguerite fut pris pour cible: l&rsquo;agent Vidal qui tentait de s&rsquo;interposer re\u00e7ut des coups de canne ferr\u00e9e sur la t\u00eate tandis que retentissaient les cris de \u00ab\u00a0Mort aux vaches! Mort aux flics!\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Assassins! Assassins!\u00a0\u00bb scand\u00e9s par une foule que la vue du moindre k\u00e9pis jetait hors d&rsquo;elle. Toutes les vitres du poste vol\u00e8rent en \u00e9clats, et tout ce qui pouvait \u00eatre saccag\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur le fut. A l&rsquo;angle de la rue Crozatier, deux policiers isol\u00e9s furent durement malmen\u00e9s. Puis un agent en bicyclette place de la Nation essuya quelques tirs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Les jours suivants, une formidable campagne de presse contre l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 se d\u00e9ploya. Pour tous les journalistes, il \u00e9tait entendu que Liabeuf \u00e9tait un apache. Et la d\u00e9mesure de son acte apparaissait comme la preuve de la faiblesse du gouvernement face \u00e0 la mont\u00e9e de la criminalit\u00e9 juv\u00e9nile. Les journaux conservateurs d\u00e9non\u00e7aient l&rsquo;humanitarisme des radicaux au pouvoir. Il fallait, selon eux, autoriser les policiers \u00e0 faire plus facilement usage de leurs armes, ne plus accorder de lib\u00e9ration anticip\u00e9e aux prisonniers et appliquer plus syst\u00e9matiquement la peine de mort. On reprochait aux magistrats d&rsquo;\u00eatre trop cl\u00e9ments et aux nouvelles prisons d&rsquo;\u00eatre trop confortables. Les apaches y avaient bon g\u00eete, s&rsquo;indignait Ernest Laut dans le Petit Journal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Revolte Paris Belle-Epoque] Extraits du livre d&rsquo;Anne Steiner (L&rsquo;Echapp\u00e9e 2012) LE GO\u00dbT DE L&rsquo;EMEUTE &#8211; MANIFESTATIONS ET VIOLENCES DE RUE DANS PARIS ET SA BANLIEUE A LA \u00ab\u00a0BELLE EPOQUE\u00a0\u00bb Extrait: \u00ab\u00a0A Paris, 45000 policiers et soldats avaient \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s pour le maintien de l&rsquo;ordre, et des responsables syndicaux furent arr\u00eat\u00e9s &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2040,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[35],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2036"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2036"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2036\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2229,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2036\/revisions\/2229"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2040"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2036"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2036"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2036"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}