﻿{"id":2079,"date":"2016-09-26T18:21:37","date_gmt":"2016-09-26T17:21:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/?p=2079"},"modified":"2017-06-27T22:47:04","modified_gmt":"2017-06-27T21:47:04","slug":"livre-de-memoire-3-j-m-rouillan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/livre-de-memoire-3-j-m-rouillan\/","title":{"rendered":"DE MEMOIRE (3) LA COURTE SAISON DES GARI"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">[R\u00e9volte 70&rsquo;s] Extraits du livre de JannMarc Rouillan (Agone 2011)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/revoltes-revolutions\/4308-de-memoire-3-la-courte-saison-des-gari-toulouse-1974.html\" target=\"_blank\">DE MEMOIRE (3) LA COURTE SAISON DES GARI &#8211; TOULOUSE 1974<\/a><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/revoltes-revolutions\/4308-de-memoire-3-la-courte-saison-des-gari-toulouse-1974.html\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2085 alignleft\" src=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/\/de_memoire_3-170x300.jpg\" alt=\"de_memoire_3\" height=\"300\" width=\"170\" srcset=\"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/de_memoire_3-170x300.jpg 170w, https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/de_memoire_3.jpg 198w\" sizes=\"(max-width: 170px) 100vw, 170px\" \/><\/a>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai pas dormi. Je profite du voyage entre deux prisons pour me gorger d&rsquo;images, de couleurs et de visages. Je retrouve le pays de ma jeunesse. Je rentre \u00e0 Toulouse. Ou plut\u00f4t dans sa banlieue. Direction la vieille centrale de Muret. Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 ouverte en 1974. Souvent, lors de nos sorties furtives en ville, on empruntait la route de Seysses, pour \u00e9viter les contr\u00f4les et les barrages de police au carrefour du Fer \u00e0 Cheval ou \u00e0 la Croix de pierre et plus loin \u00e0 la hauteur de l&rsquo;ONIA sur la route d&rsquo;Espagne. (&#8230;) Dans la Ford Focus, deux matons somnolent. Et un autre t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 sa femme toutes les demi-heures. le chauffeur pousse le volume de la radio sur un vieux Beatles: \u00ab\u00a0comme together, right now&#8230;over me\u00a0\u00bb pour le principe, une simple paire de menottes lie mes poignets. Ni cha\u00eenes ni entraves. Ni escorte de police. Apr\u00e8s vingt-cinq ans de zonzon, je suis transport\u00e9 comme un voleur de poules ! On d\u00e9passe l&rsquo;aire de repos du Lauragais. les gendarmes y ont abattu un poto. En quelle ann\u00e9e? Je ne sais plus. On l&rsquo;appelait Dudu et il avait attaqu\u00e9 un transport de fonds rue de la Colombette. Bless\u00e9 dans la fusillade puis captur\u00e9: vingt ans de gamelle pour notre Dudu! Puis une permission \u00e0 muret, une cavale&#8230;et la mort quelques jours plus tard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Parfois on utilisait le bar des Beaux Arts. On ne craignait pas qu&rsquo;il soit surveill\u00e9. De ce temps, les flics en savaient assez sur le mouvement r\u00e9volutionnaire pour \u00eatre certains qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient rien \u00e0 craindre des situationnistes. Et j&rsquo;aimais surprendre leurs binettes quand ils nous reconnaissaient. Ils enrageaient de haine et de trouille. Une fin d&rsquo;apr\u00e8s midi, Ratapignade pr\u00e9c\u00e9dait notre petit groupe. Il a travers\u00e9 la salle jusqu&rsquo;au recoin o\u00f9 se tenait une tabl\u00e9e de crypto-situs. Pour la plupart, nous les connaissions. Le fils d&rsquo;un notaire tarnais, le fils du professeur machin chose, universitaire et membre du PCF, l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re d\u00e9glingu\u00e9e d&rsquo;une entreprise de livraison dont les camions sillonnaient la ville. Enfin des radicaux \u00ab\u00a0pour de vrai\u00a0\u00bb capables de vous r\u00e9v\u00e9ler le moindre d\u00e9tail de la \u00ab\u00a0v\u00e9ritable\u00a0\u00bb radicalit\u00e9. Ils d\u00e9goisaient de grandes v\u00e9rit\u00e9s mais tous leurs discours sonnaient faux. Et bancals. L\u2019absence de pratique d&rsquo;un antagonisme transgressif vide de leur substance subversive chaque mot comme chaque phrase. Nos attentats, aussi modestes et limit\u00e9s qu&rsquo;ils furent, creusaient un foss\u00e9 avec les postures des sacristains du protestataire et des clercs des hautes solitudes th\u00e9oriques. (&#8230;) Nos situs, pareils \u00e0 leurs ma\u00eetres \u00e0 penser parisiens, nous d\u00e9non\u00e7aient comme \u00ab\u00a0agent des pr\u00e9fectures\u00a0\u00bb. Nous aurions \u00e9t\u00e9 les pr\u00e9textes \u00e0 la r\u00e9pression des vrais r\u00e9volutionnaires et des radicaux. Et comme la compagnie des procureurs l\u00e9galistes du groupuscule p\u00e9p\u00e8re, ils nous mettaient sur le dos le vote des lois d&rsquo;exception. La salle \u00e9tait bond\u00e9e et nous \u00e9tions condamn\u00e9s \u00e0 nous asseoir \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s. Il a suffit de la r\u00e9flexion d&rsquo;un de nos voisins ou de la moue d&rsquo;unes des amies de sa s\u0153ur&#8230;Et Ratapignade s&rsquo;est tourn\u00e9 vers eux en lan\u00e7ant avec emphase:<br \/>\n&#8211; Bonjour mes seigneuries!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Il n&rsquo;avait pas besoin de nous le demander. On enregistrait chaque mot et m\u00eame leurs silences. On consid\u00e9rait comme un indicible honneur qu&rsquo;ils soient sortis des livres d&rsquo;histoire pour partager leurs exp\u00e9riences avec nos. Ils avaient connu des d\u00e9faites d\u00e9sesp\u00e9rantes et des victoires enivrantes, des batailles \u00e9piques et la torpeur des jours sans combat. Ils se foutaient pas mal des carcans id\u00e9ologiques et des principes de Bisounours, des belles phrases et des \u00ab\u00a0coordinations libertaires de groupes et d&rsquo;individus\u00a0\u00bb. Ils n&rsquo;\u00e9taient pas sectaires. D&rsquo;ailleurs, ils parlaient d&rsquo;un \u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb extr\u00eamement large sans jamais dire \u00e0 quelle organisation ils appartenaient. La GAI peut \u00eatre ? Les Jeunesses? Ils savaient que l\u00e0 n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;important tout en tenant \u00e0 leur organisation plus qu&rsquo;\u00e0 la prunelle de leurs yeux. Leur \u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb rappelait le \u00ab\u00a0Nosotros\u00a0\u00bb de Durruti, Ascaso et les vieux de l&rsquo;action arm\u00e9e. Pourquoi \u00e9taient ils en face de nous cette apr\u00e8s midi de novembre? Bien s\u00fbr, la solidarit\u00e9 avec le MIL prenait une ampleur inattendue, surtout \u00e0 Barcelone o\u00f9 une partie de la jeunesse r\u00e9agissait. Mais il y avait autre chose, je le pense avec le recul de l&rsquo;histoire. Nous \u00e9tions pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par une r\u00e9putation de violence h\u00e9rit\u00e9e des bagarres toulousaines de l&rsquo;apr\u00e8s 1968 et alourdies \u00e0 cette heure par l&rsquo;usage des armes et des explosifs&#8230; Comme toutes les r\u00e9putations, elle \u00e9tait largement surfaite! Enfin&#8230; pour notre part, nous nous consid\u00e9rions comme des gar\u00e7ons tout \u00e0 fait sympathiques et fr\u00e9quentables!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Quelques jours en arri\u00e8re, on avait eu une longue discussion avec Marie Lafranque en compagnie d&rsquo;un vieil Espagnol th\u00e9oricien des milieux anarchistes traditionnels et pacifistes. M\u00eame les ind\u00e9crottables partisans de la lutte arm\u00e9e parlaient de lui avec un infini respect. Marie, que nous croisions depuis 1968 de r\u00e9union en mobilisation, \u00e9tait plus \u00e2g\u00e9e que nous. Elle \u00e9tait victime d&rsquo;un handicap h\u00e9rit\u00e9 de la poliomy\u00e9lite. (&#8230;) Le contact direct avec Marie avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par la tante d&rsquo;Oriol Sole Sugranez, une religieuse r\u00e9fugi\u00e9e \u00e0 Toulouse. De ce temps, il y avait encore des pr\u00eatres ouvriers et cette petite bonne femme \u00e9nergique se revendiquait \u00ab\u00a0nonne ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb&#8230;et anarchiste! Lors des r\u00e9unions, les vieux rouges l&rsquo;observaient avec circonspection. Ils ne comprenaient pas comment ils \u00e9taient tomb\u00e9s si bas qu&rsquo;ils tol\u00e9raient une bonne s\u0153ur \u00e0 leurs comm\u00e9morations. (&#8230;) Il n&rsquo;y avait pas \u00e0 tourner autour du pot. Ils savaient ou se doutaient. Quoi qu&rsquo;il en soit, ils voulaient en parler avec nous. Avec lenteur, l&rsquo;homme parla le premier.<br \/>\n&#8211; L\u00e9 plous pacifique des anarchistes n\u00e9 mettra jamais en rapport la biolence des oppresseurs et la biolence des opprim\u00e9s. Elles sont absolument distinctes. Ainsi y\u00e9 n&rsquo;ai pas le droit&#8230;y\u00e9 ne me sens pas inbesti de l&rsquo;autorit\u00e9 des principes pour condamner botre biolence&#8230;Sauf, yustement, si vous d\u00e9passez les principes.<br \/>\nMarie acquies\u00e7a.<br \/>\n&#8211; Les hold-up, on peut les comprendre si vous n&rsquo;usez pas de violences sur les employ\u00e9s. Les bombes \u00e9galement, si vous ne tuez pas des innocents.<br \/>\n&#8211; M\u00eam\u00e9 la mort d\u00e9s policiers au cours d\u00e9s fusillades, nous l&rsquo;admettons, reprit l&rsquo;homme. Mais si vous enlebez un homm\u00e9, il d\u00e9bient botre prisonnier. Bous n\u00e9 d\u00e9bez pas user de biolence contre lui. Et \u00e7a c&rsquo;est un principe! Si bous lui faites subir des mauvais traitements, bous debenez aussi ignobles que les gens que bous combattez. Tortionnaires comme des franquistes! Bous debenez aussi maubais qu&rsquo;un yuge, qu&rsquo;un policier, qu&rsquo;un gardien d\u00e9 prison.<br \/>\nA nos t\u00eates, ils comprirent qu&rsquo;ils marquaient des points. De toute mani\u00e8re, il est certain qu&rsquo;aucun d&rsquo;entre nous n&rsquo;avait l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;un tortionnaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0On n&rsquo;\u00e9tait ni des saints ni les culs-b\u00e9nis d&rsquo;un quelconque ordre nouveau, on \u00e9tait pleinement les enfants d&rsquo;une \u00e9pop\u00e9e de libert\u00e9. On ne supportait ni les interdits ni les propagandes \u00e9tatiques religieuses, morales et politiques. Ainsi on \u00e9tait tout naturellement attir\u00e9s par les diff\u00e9rents produits de notre ami le dealer. La drogue ne nous effrayait pas. La dope ! comme nous l&rsquo;appelions. On se savait plus forts qu&rsquo;elle. On n&rsquo;\u00e9tait en rien de la chair \u00e0 accoutumance, ni pour le travail salari\u00e9, ni pour les habitudes m\u00e9tro-boulot-dodo, ni pour le train-train des fausses r\u00e9voltes et des fausses communaut\u00e9s&#8230;Pour rien au monde on n&rsquo;aurait enchrist\u00e9 notre libert\u00e9. Une ou deux fois par semaine, on bouclait les appartements clandestins et on retrouvait la faune excentrique du Milkyway. On testait les produits illicites install\u00e9s sur les coussins de la grande salle des concerts \u00e9lectriques. De mon c\u00f4t\u00e9 je pr\u00e9f\u00e9rais m&rsquo;allonger au quatri\u00e8me \u00e9tage sur les larges gradins du cin\u00e9ma o\u00f9 l&rsquo;on projetait des films underground. On ne risquait pas une descente des flics. Ni une embrouille pr\u00e8s d&rsquo;une de nos planques. La musique nous emportait. Et on vibrait des nuits enti\u00e8res au rythme des tam-tam psych\u00e9d\u00e9liques et des poudres de perlinpinpin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Dans la cit\u00e9 du Mirail, certains soirs on descendait prendre l&rsquo;ap\u00e9ro ou manger chez des cadres des organisations gauchistes, nos voisins. On prolongeait tard le soir nos discussions enflamm\u00e9es sur la solidarit\u00e9 avec la r\u00e9volution portugaise et la r\u00e9sistance antifranquiste. On se chamaillait \u00e0 propos de l&rsquo;usage de la lutte arm\u00e9e et de la construction des nouveaux partis. Ainsi on n&rsquo;h\u00e9sitait pas \u00e0 passer trois \u00e9tages plus bas chez le grand chef local de l&rsquo;Organisation communiste des travailleurs, un ancien copain du lyc\u00e9e Fermat ayant dirig\u00e9 les comit\u00e9s d&rsquo;action lyc\u00e9ens entre 1968 et 1970. On se rem\u00e9morait les bastons et les cr\u00eapages de chignon. Il avait fait quelques jours de prison lors d&rsquo;une de nos aventures. Invariablement, il essayait de nous tirer les vers du nez \u00e0 propos des nombreux braquages dans la ville et sa p\u00e9riph\u00e9rie. On niait mais il n&rsquo;\u00e9tait pas dupe et il nous grondait comme s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 notre a\u00een\u00e9. On restait tard m\u00eame s&rsquo;il travaillait t\u00f4t le lendemain. Chez lui et dans de nombreux apparts des copains, on fit la connaissance des femmes l\u00e9gitimes, des compagnes et des ma\u00eetresses&#8230;et des premiers enfants, des nourrissons brailleurs et des petites filles aux tresses sombres. Le look de ces p\u00e8res de famille s&rsquo;\u00e9tait assagi. D\u00e9j\u00e0 un ventre rondelet tirait les mailles du chandail. La barbe \u00e9tait moins drue. Les cheveux plus courts. \u00c7a sentait moins la fum\u00e9e du bon shit et davantage la blanquette de veau. Parfois on \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 un anniversaire. A une de ces f\u00eates sur commande rythmant le bonheur simple. Et invariablement on se soumettait au m\u00eame rituel \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e. Avant toute embrassade, on se dirigeait directement vers la salle de bain et le copain recueillait nos pistolets dans un sac.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Le lendemain on a rencontr\u00e9 les camarades espagnols dans un pavillon pr\u00e8s de la cit\u00e9 universitaire d&rsquo;Antony. Ils nous apport\u00e8rent deux textes sign\u00e9s Gari dont ils n&rsquo;\u00e9taient pas contents et voulaient discuter. Ils furent surpris qu&rsquo;on ne sache rien de ces textes. Et plus encore qu&rsquo;on ignore qui avait bien pu \u00e9crire de telles conneries anarcho-existentialistes. D&rsquo;ailleurs, nous, ex-MIL, n&rsquo;avons jamais particip\u00e9 ni de pr\u00e8s ni de loin \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;un seul texte sign\u00e9 Gari. Jamais. Et avec le recul j&rsquo;en suis encore \u00e9tonn\u00e9. Quand \u00e0 Marseille, plus de trente ans apr\u00e8s, je montrai mes archives Gari \u00e0 Ratapignade, on \u00e9tait arriv\u00e9s \u00e0 la m\u00eame conclusion. Sans qu&rsquo;on y prenne garde, on avait laiss\u00e9 s&rsquo;installer une division des t\u00e2ches entre ceux qui ex\u00e9cutaient les actions et ceux qui tartinaient de la petite id\u00e9ologie de bazar. Ces choses sont insidieuses. Elles se font presque naturellement en l&rsquo;absence de corrections politiques et de d\u00e9bats internes. Et ce genre de d\u00e9viations politique est souvent le fait de camarades qui se pr\u00e9tendent les plus anti-autoritaires du monde et les plus convaincus de l&rsquo;inutilit\u00e9 d&rsquo;une organisation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait:<\/strong> \u00ab\u00a0Depuis des jours, on attendait la confirmation de la mort de Franco. Deux fois d\u00e9j\u00e0, elle avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9mentie. Enfin, la larme \u00e0 l\u2019\u0153il, Arias Navarro, le Premier Ministre du bunker, avait annonc\u00e9e la disparition du tyran. (&#8230;) Le lendemain matin quand on s&rsquo;est rejoints dans la salle commune, avec quelques tapes amicales, on \u00e9tait plus \u00e9mus que joyeux. Oui, un indicible sentiment nous avait submerg\u00e9s. Mario baissa la t\u00eate en s&rsquo;asseyant \u00e0 la grande table blanche. En vain, Ratapignade tenta de blaguer puis fit bouillir de l&rsquo;eau sur la chauffe artisanale. On resta silencieux un long moment. Comme si on se r\u00e9veillait d&rsquo;un r\u00eave lourd et mena\u00e7ant. Et les mots franchirent difficilement mes l\u00e8vres. J&rsquo;ai parl\u00e9 de la p\u00e9riode de lutte \u00e0 Barcelone. Des camarades. Ceux qui \u00e9taient morts et ceux qui pr\u00e9paraient leur paquetage dans les <em>penales<\/em>. L&rsquo;exil qui prendrait bient\u00f4t fin pour eux comme pour nous. Maintenant on avait besoin d&rsquo;\u00e9voquer tous les autres et avant tout nos devanciers, tous les companeros depuis le premier jour, ce fameux 19 juillet 1936, depuis la mort d&rsquo;Ascaso, tomb\u00e9 au cours de l&rsquo;assaut de la caserne de Las Atarazanas, ceux del frente de Aragon, des barricades de mayo 19367, de la Retirada, les gu\u00e9rill\u00e9ros des diff\u00e9rents maquis, les garrot\u00e9s, les fusill\u00e9s&#8230;les morts de tuberculose au penal d&rsquo;Ocana, les tortur\u00e9s des cachots de Puerta del Sol et de Via Layetana&#8230;Et bien qu&rsquo;on ne soit pas particuli\u00e8rement pratiquants de ce genre de c\u00e9r\u00e9monie militante, on s&rsquo;est lentement redress\u00e9s et on a lev\u00e9 le poing serr\u00e9. La t\u00eate basse. Sans un mot. Sans un chant. Une solennit\u00e9 simplement pour nous. Entre nous. Intime d&rsquo;un m\u00eame souffle. Au plus profond d&rsquo;un cachot parisien \u00e0 mille kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re. On marquait l&rsquo;instant d&rsquo;une pierre blanche. La guerre d&rsquo;Espagne avait pris fin et nous l&rsquo;avions d\u00e9finitivement perdue. Nos drapeaux, ceux des rouges et les autres, quelles que soient leurs couleurs, \u00e9taient \u00e0 terre. La trahison se trouvait partout glorifi\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[R\u00e9volte 70&rsquo;s] Extraits du livre de JannMarc Rouillan (Agone 2011) DE MEMOIRE (3) LA COURTE SAISON DES GARI &#8211; TOULOUSE 1974 Extrait: \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai pas dormi. Je profite du voyage entre deux prisons pour me gorger d&rsquo;images, de couleurs et de visages. Je retrouve le pays de ma jeunesse. Je &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2084,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[35],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2079"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2079"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2079\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2217,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2079\/revisions\/2217"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2084"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2079"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2079"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2079"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}