﻿{"id":2157,"date":"2017-06-23T17:21:23","date_gmt":"2017-06-23T16:21:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/?p=2157"},"modified":"2017-06-28T10:38:04","modified_gmt":"2017-06-28T09:38:04","slug":"livre-annees-de-reves-et-de-plomb-stella-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/livre-annees-de-reves-et-de-plomb-stella-2016\/","title":{"rendered":"ANN\u00c9ES DE R\u00caVES ET DE PLOMB DES GREVES A LA LUTTE ARMEE"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">[Luttes Italie 1970&rsquo;s] Extraits du livre d&rsquo;Alessandro Stella (Agone 2016)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lire Extraits<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/livres-luttes-sociales-revolutions\/4430-annees-de-reves-et-de-plomb-des-greves-a-la-lutte-armee-en-italie-1968-1980.html\" target=\"_blank\">ANN\u00c9ES DE REVES ET DE PLOMB &#8211; DES GREVES A LA LUTTE ARM\u00c9E EN ITALIE (1968-1980)<\/a><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/livres-luttes-sociales-revolutions\/4430-annees-de-reves-et-de-plomb-des-greves-a-la-lutte-armee-en-italie-1968-1980.html\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-2160 size-medium\" title=\"Voir sur le site de La Petroleuse\" src=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/\/annees_de_reves-176x300.jpg\" alt=\"annees_de_reves\" height=\"300\" width=\"176\" srcset=\"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/annees_de_reves-176x300.jpg 176w, https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/annees_de_reves.jpg 205w\" sizes=\"(max-width: 176px) 100vw, 176px\" \/><\/a>Extrait (p.20):<\/strong> \u00ab\u00a0Les fun\u00e9railles des camarades morts furent pr\u00e9par\u00e9es rapidement par les familles: celles d&rsquo;Antonietta et d&rsquo;Angelo l&rsquo;apr\u00e8s midi du vendredi 13, celles d&rsquo;Alberto le samedi 14 avril. Nous \u00e9tions le vendredi et le samedi de P\u00e2ques, la religion imposait de ne pas c\u00e9l\u00e9brer de messes, et le silence des c\u00e9r\u00e9monies fun\u00e9raires \u00e9tait perturb\u00e9 par le vrombissement des h\u00e9licopt\u00e8res des carabiniers qui tournaient nerveusement dans le ciel ainsi que le croassement des radio-transmetteurs de la police, qui avait mis toute la r\u00e9gion en \u00e9tat de si\u00e8ge. Les camarades qui convergeaient vers Thiene de toute la V\u00e9n\u00e9tie devaient passer \u00e0 travers deux ou trois barrages des forces de l&rsquo;ordre; qu&rsquo;ils arrivent en voiture, en train ou en car, tous \u00e9taient m\u00e9thodiquement interpell\u00e9s, fouill\u00e9s, fich\u00e9s. Outre les policiers, les carabiniers et les forces anti-\u00e9meutes, arriv\u00e8rent aussi sur place les hommes de la section anti-terroriste des carabiniers du g\u00e9n\u00e9ral Carlo Alberto Dalla Chiesa. Il fallait bien du courage et de la d\u00e9termination pour traverser les barrages militaires, mais quelques centaines de personnes r\u00e9ussirent \u00e0 rallier les cimeti\u00e8res de Thiene et Chiuppano, pour rendre hommage et porter un dernier salut aux camarades morts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.34):<\/strong> \u00ab\u00a0L&rsquo;ann\u00e9e suivante en 1980, les arrestations et les mandats d&rsquo;arr\u00eat d\u00e9cim\u00e8rent les rangs des camarades de Padoue et Rovigo; l&rsquo;ann\u00e9e suivante ce fut le tour des V\u00e9nitiens. On nous avait criminalis\u00e9s, marginalis\u00e9s, emprisonn\u00e9s; mais au del\u00e0 de nos personnes, c&rsquo;est tout le mouvement de contestation social qui se trouvait r\u00e9duit au silence. Les faits les plus embl\u00e9matiques avaient \u00e9t\u00e9 le licenciement, au mois d&rsquo;octobre 1979, de 61 ouvriers de chez Fiat \u00ab\u00a0soup\u00e7onn\u00e9s de sympathies subversives\u00a0\u00bb, suivi un an plus tard par la manifestation de 40000 \u00ab\u00a0cols blancs\u00a0\u00bb de la marque automobile de Turin en d\u00e9fense de la politique patronale. On pressentait la fin d&rsquo;un cycle. La phase ascendante de ce mouvement \u00e9tait termin\u00e9e, commen\u00e7aient alors les ann\u00e9es sombres: pour certains des ann\u00e9es de prisons, pour d&rsquo;autres la voie de la clandestinit\u00e9 en Italie ou de l&rsquo;exil \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, pour ceux rester libre la t\u00e2che ingrate d&rsquo;assister les prisonniers, de maintenir en vie quelques structures l\u00e9gales comme les radios et les coop\u00e9ratives, d&rsquo;organiser des concerts pour r\u00e9colter quatre sous, et de tenter d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de trouver de nouvelle sympathie \u00e0 la cause.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.65):<\/strong> \u00ab\u00a0J&rsquo;ai grandi dans une famille, une grande famille italienne, dans laquelle la faim \u00e9tait certes devenue un souvenir, mais o\u00f9 il y avait la conscience chaque jour r\u00e9it\u00e9r\u00e9e de la fatigue et de la sueur que co\u00fbtait le pain sur la table. Un pain qu&rsquo;il fallait partager. Mes parents votaient d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien et consid\u00e9raient les communistes comme d&rsquo;affreux ath\u00e9es, mais combien de fois les ai-je entendus s&rsquo;indigner contre tant d&rsquo;injustices \u00e0 travers le monde, contre les torts faits aux faibles, contre le sort fait aux pauvres! Ils liaient leur esprit humaniste et fraternel aux enseignements des \u00e9vangiles chr\u00e9tiens et, pour mon p\u00e8re, le marxisme \u00e9tait une version la\u00efque aberrante du christianisme. (&#8230;) L&rsquo;affection et la solidarit\u00e9 de ma famille, de mon p\u00e8re en particulier, ont eu une importance fondamentale dans mon existence, aussi et surtout pendant les ann\u00e9es difficiles, o\u00f9 ils ne m&rsquo;ont pas laiss\u00e9 tomber. Certes, ils n&rsquo;\u00e9taient pas du tout d&rsquo;accord avec mes choix radicaux, mais pas non plus avec la criminalisation de leur rejeton. Interview\u00e9 par une t\u00e9l\u00e9vision r\u00e9gionale apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9mission du mandat d&rsquo;arr\u00eat contre moi, mon p\u00e8re arriva \u00e0 dire que bien qu&rsquo;il f\u00fbt oppos\u00e9 aux m\u00e9thodes violentes adopt\u00e9es par son fils, il en comprenait les motivations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.84):<\/strong> \u00ab\u00a0A part l&rsquo;autod\u00e9fense dans les manifs et les affrontements avec les fascistes, nos premi\u00e8res actions ill\u00e9gales dans le Vicentin furent des appels aux armes, avec des pochoirs appos\u00e9s nuitamment sur les murs de Schio et de Valdagno vantant la lutte arm\u00e9e et les Brigades rouges. Car outre la culture libertaire, le courant communiste r\u00e9volutionnaire et le message gu\u00e9variste, \u00e9tait n\u00e9 en Italie au d\u00e9but des ann\u00e9es 70 un mod\u00e8le national auquel on pouvait s&rsquo;identifier: les Brigades rouges. Ils avaient dix ans de plus que nous et avaient connu directement 1968; pendant que nous regardions passer les d\u00e9fil\u00e9s des ouvriers, ils marchaient avec eux. Leurs premi\u00e8res actions exemplaires, comme la mise au pilori du directeur du personnel de Siemens ou de Magneti Marelli, avaient fascin\u00e9 bien des jeunes aspirants r\u00e9volutionnaires.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.107):<\/strong> \u00ab\u00a0Du nord au sud de l&rsquo;Italie jusqu&rsquo;aux iles s&rsquo;\u00e9taient form\u00e9e une constellation de groupes sociaux, de comit\u00e9s d&rsquo;ouvriers, de collectifs d&rsquo;\u00e9tudiants et de coordinations de toute sorte qui faisaient r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mouvance de l&rsquo;Autonomie. Les d\u00e9sormais \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb groupes extra-parlementaires issus de 1968 s&rsquo;\u00e9taient dissous ou institutionnalis\u00e9s et, dans la rue comme sur les places, c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 l&rsquo;Autonomie que s&rsquo;identifiait la g\u00e9n\u00e9ration rebelle de 1977. De nouveaux fanzines et des revues militantes \u00e9taient n\u00e9s, d&rsquo;analyse mais aussi satiriques, underground, n\u00e9o-surr\u00e9alistes. Les radios libres de la mouvance autonome \u00e9taient d\u00e9sormais install\u00e9es, \u00e9cout\u00e9es, suivies, et des librairies, des imprimeries, des coop\u00e9ratives, des petites infrastructures de toute sorte soutenaient le mouvement. (&#8230;) Comme toujours dans l&rsquo;histoire, l&rsquo;explosion d&rsquo;une r\u00e9volte est impr\u00e9visible, fruit de multiples facteurs. Mais cela se respirait dans l&rsquo;air, on sentait une mont\u00e9e de fi\u00e8vre de r\u00e9bellion. (&#8230;) On entendait aussi que l&rsquo;appel aux armes, \u00e0 l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 de masse, avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 avec son tam-tam dans les usines, les quartiers populaires, les universit\u00e9s et jusqu&rsquo;aux lyc\u00e9es. De f\u00e9vrier \u00e0 mars 1977, les occupations, les manifestations, les affrontements avec les forces de l&rsquo;ordre s&rsquo;\u00e9taient succ\u00e9d\u00e9, de plus en plus tendus, dans toutes les principales villes italiennes. Ce que tant d&rsquo;analystes n&rsquo;arrivaient pas \u00e0 classifier, que certains d\u00e9finissaient comme \u00ab\u00a0un \u00e9trange mouvement d&rsquo;\u00e9tranges \u00e9tudiants\u00a0\u00bb, \u00e9tait effectivement un mouvement multiforme, dans lequel convergeait des composantes diverses: des marxistes-l\u00e9ninistes aux situationnistes, des f\u00eatards aux soldats de la r\u00e9volution, des \u00e9tudiants aux pr\u00e9caires, des ch\u00f4meurs aux jeunes ouvriers. Dans les manifs se c\u00f4toyaient des \u00ab\u00a0Indiens m\u00e9tropolitains\u00a0\u00bb qui se roulaient des p\u00e9tards et chantaient des slogans ironiques, des f\u00e9ministes qui revendiquaient de nouveaux droits pour les femmes en dansant, des jeunes prol\u00e9taires des banlieues qui en profitaient pour \u00ab\u00a0faire des courses\u00a0\u00bb, et des rangs de gens masqu\u00e9s et militaris\u00e9s qui acclamaient la lutte arm\u00e9e avec trois doigts en forme de pistolet point\u00e9s vers le ciel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.135):<\/strong> \u00ab\u00a0J&rsquo;avais fui l&rsquo;Italie, je cherchais un pays o\u00f9 vivre librement, sans l&rsquo;angoisse permanente d&rsquo;\u00eatre arr\u00eat\u00e9 et de finir en prison. Et, \u00e0 25 ans, je m&rsquo;\u00e9tais retrouv\u00e9 au Mexique, un pays immense, grand comme plusieurs fois l&rsquo;Italie, o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais pass\u00e9 du sentiment d&rsquo;\u00eatre recherch\u00e9 et clandestin \u00e0 celui d&rsquo;\u00eatre anonyme. Que faire ? La question ne concernait plus la strat\u00e9gie politique \u00e0 suivre, mais simplement des conduites quotidiennes pour manger et se loger, comme n&rsquo;importe qui. Continuer dans l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 me semblait une folie suicidaire. Continuer dans la gu\u00e9rilla, faire la r\u00e9volution mondiale \u00e9tait le r\u00eave de Che Guevara, et il en \u00e9tait mort. Le fait est que la gu\u00e9rilla, la r\u00e9sistance arm\u00e9e, la guerre tout court mettent les gens dans un \u00e9tat physique et psychologique qu&rsquo;elles ne peuvent pas se prolonger \u00e0 l&rsquo;infini, et les guerres se terminent souvent quand les combattants n&rsquo;arrivent plus \u00e0 se battre et \u00e0 regarder le sang couler, et ne r\u00eavent plus que de paix, d&rsquo;une vie normale. Pour paradoxal que cela puisse para\u00eetre, apr\u00e8s des ann\u00e9es de clandestinit\u00e9, \u00e0 \u00eatre tout le temps sur les dents, certains camarades \u00e9prouvaient une sensation de soulagement au moment de leur arrestation, lib\u00e9r\u00e9s en quelque sorte de l&rsquo;angoisse permanente.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Luttes Italie 1970&rsquo;s] Extraits du livre d&rsquo;Alessandro Stella (Agone 2016) Lire Extraits ANN\u00c9ES DE REVES ET DE PLOMB &#8211; DES GREVES A LA LUTTE ARM\u00c9E EN ITALIE (1968-1980) Extrait (p.20): \u00ab\u00a0Les fun\u00e9railles des camarades morts furent pr\u00e9par\u00e9es rapidement par les familles: celles d&rsquo;Antonietta et d&rsquo;Angelo l&rsquo;apr\u00e8s midi du vendredi 13, &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2166,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[35],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2157"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2157"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2157\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2219,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2157\/revisions\/2219"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2166"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2157"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2157"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2157"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}