﻿{"id":2296,"date":"2017-09-10T15:11:09","date_gmt":"2017-09-10T14:11:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/?p=2296"},"modified":"2017-09-10T15:12:38","modified_gmt":"2017-09-10T14:12:38","slug":"entre-un-neant-et-un-autre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/entre-un-neant-et-un-autre\/","title":{"rendered":"ENTRE UN NEANT ET UN AUTRE"},"content":{"rendered":"<p>[Punk] Extraits du recueil du fanzine Ratcharge (DesMondes\u00e0 Faire 2017)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/punk-rock\/4442-entre-un-neant-et-un-autre-ratcharge.html\" target=\"_blank\">ENTRE UN NEANT ET UN AUTRE<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/punk-rock\/4442-entre-un-neant-et-un-autre-ratcharge.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.la-petroleuse.com\/punk-rock\/4442-entre-un-neant-et-un-autre-ratcharge.html<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/punk-rock\/4442-entre-un-neant-et-un-autre-ratcharge.html\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2297 alignleft\" src=\"http:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/\/entre_un_neant-195x300.jpg\" alt=\"entre_un_neant\" width=\"195\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/entre_un_neant-195x300.jpg 195w, https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/entre_un_neant.jpg 228w\" sizes=\"(max-width: 195px) 100vw, 195px\" \/><\/a>Ratcharge (2004-2014) \u00e9tait un fanzine qui diss\u00e9quait le quotidien avec le m\u00eame acharnement que la musique. Au fil de ses trente-quatre num\u00e9ros, il a montr\u00e9 ce que pouvait \u00eatre la litt\u00e9rature punk : pas de nostalgie, une d\u00e9marche autonome de A \u00e0 Z et des r\u00e9cits directement tir\u00e9s du v\u00e9cu, couch\u00e9s sur le papier comme trois accords plaqu\u00e9s dans un fracas de larsens. Errances urbaines, squats, d\u00e9rives sous acide, apn\u00e9es salariales, guerre contre l\u2019ennui : une litt\u00e9rature brute, h\u00e9riti\u00e8re b\u00e2tarde de la contreculture am\u00e9ricaine et du vide existentiel de la banlieue parisienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.21):<\/strong> \u00ab\u00a0Parfois, je me dis que tu ne peux pas savoir ce qu&rsquo;est l&rsquo;ennui si tu n&rsquo;as pas fum\u00e9 des clopes pendant des centaines d&rsquo;heures sur le m\u00eame banc. Tu ne peux pas savoir ce qu&rsquo;est l&rsquo;ennui si tu n&rsquo;as pas vol\u00e9 d&rsquo;argent \u00e0 des amis de tes parents pour t&rsquo;acheter un pistolet \u00e0 billes et tirer ensuite \u00e0 bout portant sur de vieilles dames et des animaux de compagnie, juste pour voir leurs r\u00e9actions. Tu ne sais pas ce qu&rsquo;est l&rsquo;ennui si tu n&rsquo;as pas fait la manche \u00e0 douze ans dans les rues de ta ville pour acheter des jeux \u00e0 gratter, perdu toute la thune et remis \u00e7a le lendemain puis le surlendemain et celui d&rsquo;apr\u00e8s et celui d&rsquo;apr\u00e8s et celui d&rsquo;apr\u00e8s et celui d&rsquo;apr\u00e8s et celui d&rsquo;apr\u00e8s&nbsp;et celui d&rsquo;apr\u00e8s&nbsp;et celui d&rsquo;apr\u00e8s&nbsp;et celui d&rsquo;apr\u00e8s&nbsp;et celui d&rsquo;apr\u00e8s&nbsp;et celui d&rsquo;apr\u00e8s&nbsp;et celui d&rsquo;apr\u00e8s. Tu ne sais pas ce que c&rsquo;est l&rsquo;ennui si tu n&rsquo;as pas particip\u00e9 \u00e0 des exp\u00e9ditions nocturnes en semaine pour aller \u00e0 l&rsquo;autre bout de la ville voler des bi\u00e8res dans le frigo ext\u00e9rieur d&rsquo;une meuf qui a eu le malheur de t&rsquo;inviter chez elle quelques jours plus t\u00f4t, ton p\u00e8re te cassant la gueule au retour en te trouvant en train de remonter par la fen\u00eatre de la cuisine, et toi te disant que des coups de pied et des claques et la haine paternelle contre quelques bi\u00e8res, \u00e7a restait tout de m\u00eame un bon deal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.41):<\/strong> \u00ab\u00a0Sharon m&rsquo;avait parl\u00e9 plusieurs fois du sentiment d&rsquo;isolement que lui faisait ressentir sa position de m\u00e8re c\u00e9libataire. J&rsquo;avais \u00e9cout\u00e9 en hochant la t\u00eate, la bouche entrouverte, et m&rsquo;\u00e9tais pris d&rsquo;affection pour elle et son gamin Luka, petit blondinet de quatre ans roublard, plein de malice, avec un mulet en dreadlocks. Les gens qui trouvent \u00e7a bizarre quand les punks font des coiffures de punks \u00e0 leurs gamins, je les trouve louches: o\u00f9 est le probl\u00e8me? Faut se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, ton gamin jusqu&rsquo;\u00e0 un certain \u00e2ge, soit tu lui laisses pousser les cheveux, soit tu les lui raccourcis de temps en temps et, \u00e0 partir de l\u00e0, c&rsquo;est forc\u00e9ment toi qui lui choisis sa coupe. Alors bon, une cr\u00eate, des dreads, pourquoi pas. Il aura bien le temps de se faire une coupe de cadre sup&rsquo; \u00e0 l&rsquo;adolescence, quand il se rebellera contre ses foutus parents punk. Fin de la parenth\u00e8se.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.56):<\/strong> \u00ab\u00a0La drogue te bouffe les muscles et tu tombes par terre parce que tes jambes ne r\u00e9pondent plus mais \u00e7a ne te fait pas peur, \u00e7a te fait t&rsquo;esclaffer de rire, et quand tu r\u00e9ussis enfin \u00e0 te relever, tu rentres \u00e0 l&rsquo;appart et manges une part de pizza aux champignons hallucinog\u00e8nes en parlant \u00e0 tes potes pendant des plombes sans r\u00e9aliser qu&rsquo;ils se sont endormis. Porter des lunettes de soleil en novembre, la nuit. Vendre mon fanzine dans la rue aux passants. Courir au bord des quais en rigolant \u00e0 gorge d\u00e9ploy\u00e9e, poursuivi par un tar\u00e9 sous coca\u00efne qui veut te jeter dans la rivi\u00e8re parce que tu l&rsquo;as insult\u00e9. M\u00e9langer LSD et h\u00e9ro\u00efne dans le salon enfum\u00e9 d&rsquo;un garage squatt\u00e9 en bord d&rsquo;autoroute et ressentir ce calme \u00e9trange, apaisant, l&rsquo;air se transformant en bulle de coton protectrice pendant que les volutes de fum\u00e9e prennent la forme de cr\u00e2nes humains. Comprendre les myst\u00e8res de l&rsquo;existence&#8230;Et les oublier une seconde apr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.81):<\/strong> \u00ab\u00a0Je m&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 fait larguer, une fois, place de la Bastille \u00e0 Paris, par une danseuse avec qui je sortais depuis deux jours. Elle m&rsquo;avait dit \u00eatre encore amoureuse de son ex et que non, vraiment, \u00e7a n&rsquo;allait pas pouvoir marcher entre nous. J&rsquo;avais fait le dur, tant pis pour toi ch\u00e9rie tu sais pas ce que tu loupes, puis j&rsquo;avais couru m&rsquo;acheter un pack que j&rsquo;avais ramen\u00e9 dare-dare \u00e0 cette maison squatt\u00e9e du treizi\u00e8me o\u00f9 tra\u00eenaient mes potes. J&rsquo;avais descendu ces bi\u00e8res, puis d&rsquo;autres, puis encore d&rsquo;autres, et le go\u00fbt amer de ma d\u00e9faite amoureuse avait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par celui, plus d\u00e9licat, de la Kronembourg chauff\u00e9e au soleil. Le lendemain, ma gueule de bois me pr\u00e9occupait davantage que mon c\u0153ur bris\u00e9. Quelques semaines plus tard, elle m&rsquo;\u00e9crivait une lettre, m&rsquo;expliquant qu&rsquo;elle voulait nous redonner une chance. J&rsquo;imagine que son ex lui avait fait une crasse, couch\u00e9 avec sa meilleure amie&#8230;Qu&rsquo;importe, moi j&rsquo;avais ma fiert\u00e9. Surtout que je m&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 nouveau cas\u00e9. Mais cette fois, c&rsquo;\u00e9tait diff\u00e9rent: j&rsquo;\u00e9tais amoureux. J&rsquo;avais parcouru le monde pour rejoindre cette fille-l\u00e0, remu\u00e9 ciel et terre pour m&rsquo;acheter un billet d&rsquo;avion direction Wellington, Nouvelle-Z\u00e9lande, et aller tenter ma chance aupr\u00e8s de la gonzesse la plus g\u00e9niale qui m&rsquo;ait jamais parl\u00e9. Un charme magn\u00e9tique, la force d&rsquo;une tigresse et l&rsquo;ind\u00e9pendance d&rsquo;un disque de Seein&rsquo; Red, Leah \u00e9tait la femme de ma vie, la perle rare, celle avec qui j&rsquo;allais faire des gosses, sortir des split-zines, adopter un chien, retaper une maison \u00e0 la campagne et \u00e9couter Discharge en baisant comme des phoques jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la mort nous s\u00e9pare.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.102):<\/strong> \u00ab\u00a0La question, c&rsquo;\u00e9tait de savoir pourquoi je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 me d\u00e9barrasser de cette d\u00e9pression chronique que je me tra\u00eenais depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es. Pourquoi la lose \u00e9tait partout, sur chaque trottoir, sous chaque tapis, dans chaque bouff\u00e9e de nicotine et chaque gorg\u00e9e de vodka, chaque baiser et chaque opportunit\u00e9. Pourquoi les nouvelles \u00e9taient toujours mauvaises. Pourquoi je me sentais aussi seul, et pourquoi j&rsquo;avais tant l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre d\u00e9j\u00e0 mort. Lors des jours les plus sombres, le sc\u00e9nario paraissait plausible &#8211; on \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tous crev\u00e9s, tous ensemble en enfer. La d\u00e9livrance n&rsquo;arriverait pas, elle avait loup\u00e9 sa correspondance et s&rsquo;\u00e9tait allong\u00e9e sur les rails du m\u00e9tro, nue, fermant les yeux jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le vrombissement touche le bord de son cr\u00e2ne et fasse cesser la douleur. Ces jours-l\u00e0, je regardais le tableau de J\u00e9sus-Christ sur le chauffage glacial de ma cuisine et j&rsquo;implorais son pardon pour avoir commis le p\u00e9ch\u00e9 ultime, celui de ne pas croire en lui, ni aux autres, ni \u00e0 moi. La vie n&rsquo;existait pas, j&rsquo;\u00e9tais perdu, c&rsquo;\u00e9tait clair, net, et Tony \u00e9tait encore plus foutu que moi, sauf que lui, par un tour de passe-passe qui m&rsquo;\u00e9tait alors inexplicable, semblait presque se r\u00e9jouir de cette situation. \u00ab\u00a0C&rsquo;est moi qui fait chier? Tu t&rsquo;arranges pas Alex, j&rsquo;essaye juste de t&rsquo;aider&#8230; Ton probl\u00e8me c&rsquo;est que tu prends tout trop dramatiquement, t&rsquo;es une vraie diva et t&rsquo;appelles \u00ab\u00a0d\u00e9pression\u00a0\u00bb ce que la plupart des gens appellent juste la vie. Tu sais ce que tu devrais faire? Accepte ton sort. Tout est de la merde, OK, la belle affaire ! Fais avec, comme tout le monde. Arr\u00eate de te d\u00e9battre et accepte la noirceur, serre-la dans tes bras, arr\u00eate de faire du sur-place, accepte les t\u00e9n\u00e8bres. Putain me regarde pas comme \u00e7a, tu vois d&rsquo;autres solutions, toi? T&rsquo;as d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 tout le reste non?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Extrait (p.131):<\/strong> \u00ab\u00a0Ce soir, le set de Needles est correct, mais celui de Brainoil m&rsquo;ennuie. Je sors prendre l&rsquo;air; sur le trottoir, des dizaines d&rsquo;adolescents font la queue pour entrer. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;absence d&rsquo;alcool, Gilman est un des rares lieux o\u00f9 les plus jeunes peuvent voir des concerts punk. Le groupe suivant, No Statik, me cloue au sol; les gosses se sautent les uns sur les autres, Robert Collins (WHN?, Artimus Pyle, etc) tente de d\u00e9truire sa basse, la chanteuse d\u00e9gage une dose ph\u00e9nom\u00e9nale de haine. La reformation de Rorschach, elle, ne m&rsquo;inspire rien: malgr\u00e9 une bonne \u00e9nergie, \u00e7a reste du r\u00e9chauff\u00e9, comme tous ces groupes ressuscit\u00e9s qui pompent l&rsquo;argent et l&rsquo;\u00e9nergie du punk. Les semaines suivantes, une bonne routine s&rsquo;installe: tous les matins, un d\u00e9jeuner patates \u0153uf bacon sur Haight Street, ancienne Mecque hippie, puis des heures pass\u00e9es \u00e0 marcher, et des soir\u00e9es \u00e0 la MRR House. Layla et Mariam, les deux coordinatrices du magazine, me laissent m&rsquo;installer dans leurs chambres lorsqu&rsquo;elles s&rsquo;absentent de la ville.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Punk] Extraits du recueil du fanzine Ratcharge (DesMondes\u00e0 Faire 2017) ENTRE UN NEANT ET UN AUTRE http:\/\/www.la-petroleuse.com\/punk-rock\/4442-entre-un-neant-et-un-autre-ratcharge.html Ratcharge (2004-2014) \u00e9tait un fanzine qui diss\u00e9quait le quotidien avec le m\u00eame acharnement que la musique. 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