﻿{"id":2335,"date":"2022-11-22T16:59:47","date_gmt":"2022-11-22T15:59:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/?p=2335"},"modified":"2022-11-22T17:56:31","modified_gmt":"2022-11-22T16:56:31","slug":"zinobium-pertinax-1-la-bibli-a-bibi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/zinobium-pertinax-1-la-bibli-a-bibi\/","title":{"rendered":"ZINOBIUM PERTINAX 1 &#8211; LA BIBLI A BIBI"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-medium-font-size\">\n<p style=\"text-align: justify; font-size: 17px;\">Voil\u00e0 un texte \u00e9crit par m\u00e9zigue pour le fanzine <strong>ZINOBIUM PERTINAX 1<\/strong> sorti en 2021 pour lequel Delphine, la dirlo des <a href=\"https:\/\/www.leseditionsdeladernierechance.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.leseditionsdeladernierechance.com\/\"><strong>Editions de la Derni\u00e8re Chance<\/strong><\/a>, m&rsquo;avait propos\u00e9 de participer (avec 15 autres auteurs et illustrateurs) en recevant ce mail:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; font-size: 17px;\"><em>\u00ab Je suis entour\u00e9e de gens qui lisent beaucoup. Et qui, comme tous grands lecteurs, vouent un culte aux livres et \u00e0 la litt\u00e9rature. Si vous recevez ce message, c\u2019est que vous faites partie de ces personnes qui participent \u00e0 mon obsession litt\u00e9raire.<\/em><br><em>J\u2019aimerais que vous m\u2019\u00e9criviez un texte, qui sera publi\u00e9 dans mon prochain zine, pour parler, justement, de livres. Mais SANS chronique\u2026 Racontez-moi une anecdote, une histoire d\u2019amour en librairie, une lubie sur un \u00e9crivain, une aventure en biblioth\u00e8que, un souvenir de lecture, un aveu de compl\u00e9tiste, un besoin visc\u00e9ral de poss\u00e9der, un rangement inattendu de biblioth\u00e8que, une pile \u00e0 lire honteuse, une n\u00e9vrose de marque-page\u2026 Comme on l\u2019a tr\u00e8s probablement d\u00e9j\u00e0 fait de vive-voix, parlez moi de votre passion, mettez-y vos tripes, parlez avec le c\u0153ur. Allez o\u00f9 bon vous semble, laissez-vous guider par les pages, un seul sujet : LIVRE, LECTURE, PASSION. Vous avez dix mille signes. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"925\" height=\"540\" src=\"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/\/zinobium1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2338\" srcset=\"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/zinobium1.jpg 925w, https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/zinobium1-300x175.jpg 300w, https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/zinobium1-768x448.jpg 768w, https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/zinobium1-700x409.jpg 700w\" sizes=\"(max-width: 925px) 100vw, 925px\" \/><\/figure>\n<\/blockquote>\n\n\n<h1 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>LA BIBLI A BIBI<\/strong><\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>par Mat Petrolo (Janvier 2021)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; font-size: 17px;\">Quand la tauli\u00e8re des \u00e9ditions de la Derni\u00e8re Chance m\u2019a propos\u00e9 de participer \u00e0 ce projet pour y causer \u00ab&nbsp;livre, lecture, litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb, j\u2019ai dit banco. Illico. Sans h\u00e9siter. Un \u00ab&nbsp;fanzine litt\u00e9raire sans chroniques de livres&nbsp;\u00bb, voil\u00e0 une id\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait bath ! Je d\u00e9teste lire des chroniques de livres. D\u2019ailleurs je ne les lis pas. Quoi de plus barbant que la lecture de chroniques de livres&nbsp;? Rien. A part peut \u00eatre la lecture de chroniques de disques. Il arrive que le chef chroniqueur ait assez de style pour faire passer la pilule. Mais m\u00eame dans ce cas (tr\u00e8s rare), la succession-r\u00e9p\u00e9tition ad nauseam de sa prose \u00e9rudite finira in\u00e9luctablement par te faire mourir d\u2019ennui. Si ce n\u2019est carr\u00e9ment, dans certain cas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s (ou d\u00e9sesp\u00e9rants), te pousser au suicide. N\u2019y voyez l\u00e0 aucune volont\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e0 tout prix excessif ou gratuitement outrancier. Juste que j\u2019abomine lire ces pu-tains-de-chro-ni-ques de livres ou de disques. C\u2019est donc extr\u00eamement emball\u00e9 par cette id\u00e9e \u00e9ditoriale inhabituelle et excitante que je me suis engag\u00e9 \u00e0 ex\u00e9cuter ma future mission. Comme le troufion lambda qui part au baston la fleur au fusil (pauvre couillon) je me sentais tout \u00e0 fait confiant et insouciant. J\u2019avais d\u00fb me dire, dans un moment d\u2019\u00e9garement m\u00e9galo, que \u00e7a serait dans mes cordes. Que \u00ab&nbsp;livre, lecture, litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t mon rayon. Que j\u2019allais torcher \u00e7a vite fait bien fait. Comme le troufion lambda qui part au baston la fleur au fusil (pauvre couillon) j\u2019ai rapido d\u00e9chant\u00e9 en me retrouvant face \u00e0 l\u2019ennemi. En l\u2019occurrence ma feuille blanche. Car c\u2019\u00e9tait vite oubli\u00e9 que j\u2019avais pas \u00e9crit depuis un bail autre chose que ma liste de course. Avec pour seul bagage ce talent d\u2019\u00e9criture m\u00e9nager, int\u00e9ressant mais limit\u00e9, pondre les 10000 signes exig\u00e9s allait n\u00e9cessairement se faire dans la douleur. Besogneusement. Et me prendre perp\u00e8te. La deadline (d\u00e9j\u00e0 repouss\u00e9e deux fois) se rapprochait fissa. Le couteau sous la gorge, je prenais mon courage \u00e0 deux mains pour faire face \u00e0 ma maousse inclination \u00e0 la procrastination et organisais enfin un brainstorming avec moi-m\u00eame. Car avant de commencer \u00e0 balancer au hasard des mots en l\u2019air avec l\u2019espoir qu\u2019ils retombent l\u00e0 o\u00f9 il faut, il fallait d\u2019abord trouver un sujet. Un truc ayant un vague rapport avec la consigne \u00e9dict\u00e9e par la ma\u00eetresse de c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; font-size: 17px;\">Farouche partisan du moindre effort, je ne me ruinais pas les neurones bien longtemps. Mon sujet je l\u2019avais sous le nez&nbsp;: ma Biblioth\u00e8que. Pour \u00ab&nbsp;parler de livres, lecture, litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb c\u2019\u00e9tait pas si con. Pas franchement original non plus, je vous le conc\u00e8de. Mais personne a dit qu\u2019il fallait faire \u00e0 tout prix dans le fantasque, le farfelu, le bizarre, le cocasse. Et puis je l\u2019aime vraiment ma Biblioth\u00e8que. Elle ressemble pas \u00e0 grand-chose la pauvre. Mais je l\u2019aime. De l\u2019ext\u00e9rieure, elle est cheap et un peu branlante. Elle a pas franchement la tronche du dernier mod\u00e8le design. S\u00fbr que les deux meubles moches et d\u00e9pareill\u00e9s qui la constituent sont pas de la premi\u00e8re jeunesse. En provenance d\u2019Emma\u00fcs, ils ont d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu une vie (sinon deux ou trois) avant de me conna\u00eetre. Et dedans, c\u2019est franchement le chaos. Quelques centaines de livres aux gabarits disparates d\u00e9gueulent litt\u00e9ralement des \u00e9tag\u00e8res. Depuis pas mal de temps d\u00e9j\u00e0. Et \u00e7a empire d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e. Malgr\u00e9 des choix de plus en plus exigeants. Y glisser les nouveaux arrivants ressemble \u00e0 une partie de Tetris perdue d\u2019avance. \u00c7a s\u2019empile dans tous les sens l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a veut bien. Et m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a ne veut plus. En for\u00e7ant si n\u00e9cessaire. Une vraie indigestion. A deux doigts de la maltraitance. Et au-dessus c\u2019est pas mieux. Les multiples rang\u00e9es de piles bringuebalantes \u00e9rig\u00e9es vers le plafond ont atteint une hauteur maximum avant le casse gueule fatal. Je soup\u00e7onne d\u2019ailleurs que deux ou trois ouvrages aient d\u00e9j\u00e0 fait les frais de cet \u00e9quilibre pr\u00e9caire en disparaissant corps et \u00e2mes entre le mur et la biblioth\u00e8que. Je ne saurais dire lesquels malheureusement. Il n\u2019y a \u00e9videmment plus depuis longtemps de rangement r\u00e9fl\u00e9chi ou de logique de classement. Retrouver un bouquin tient plus du miracle que de la science Dewey. Aucun ordre. Ni par genre, ni par nom, ni par taille (celui qui me parle de les classer par couleur s\u2019en prend une&nbsp;!). Vous l\u2019avez pig\u00e9, avec le temps les livres ont pris pas mal de place dans ma vie. Et pas qu\u2019au figur\u00e9 donc. Je pourrais jacter des heures de tous ces livres \u00e0 qui j\u2019ai donn\u00e9 asile dans ma Biblioth\u00e8que. Mais \u00e7a serait s\u00fbrement aussi int\u00e9ressant que de lire une page enti\u00e8re de pu-tains-de-chro-ni-ques de livres. Et je ne tiens aucunement \u00e0 vous pousser au suicide. Ce que je peux dire simplement, c\u2019est que je ne fais pas dans la discrimination de formats (m\u00eame si rapport \u00e0 la crise du logement, le Poche a de plus en plus mes faveurs) et que mes int\u00e9r\u00eats de lecture sont \u00e9clectiques. J\u2019ai quelques marottes \u00e9videmment (dont une ou deux sont vaguement honteuses et inavouables) mais pas franchement d\u2019obsessions th\u00e9matiques. N\u2019ayant aucun crit\u00e8res pr\u00e9con\u00e7us, les candidats livres sont donc l\u00e9gions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; font-size: 17px;\">Me s\u00e9parer de cette bonne vieille biblioth\u00e8que pleine \u00e0 ras bords serait un cr\u00e8ve c\u0153ur. Je suis du genre sentimental. Mais je mentirais si je disais que je n\u2019avais jamais pens\u00e9 \u00e0 la remplacer&nbsp;; la troquer contre une nouvelle, belle, grande et sur mesure, sentant encore bon les essences de la for\u00eat, la colle \u00e0 bois et la cire d\u2019abeille. Et, luxe supr\u00eame, des rayonnages qui seraient vides pour quelques temps encore&nbsp;! En attendant ce jour improbable, un d\u00e9sherbage, m\u00eame l\u00e9ger, permettrait de prolonger un peu notre destin commun. Mais suis je capable de me d\u00e9barrasser d\u2019un seul livre&nbsp;? J\u2019ai bien peur que non. En jargon biblioth\u00e9caire, le d\u00e9sherbage c\u2019est \u00e9liminer les livres qu\u2019on ne veut plus. Cette analogie jardini\u00e8re m\u2019a toujours bott\u00e9e, peut \u00eatre parce que j\u2019aime presque autant mon potager que ma biblioth\u00e8que. La premi\u00e8re fois que j\u2019esgourdai cette expression, je bossais en B.U. Il y a (pas si) longtemps. Quasi dans une autre vie (quand m\u00eame). Une vie o\u00f9 on pouvait aller (par exemple) dans des bars avaler des hectolitres de bi\u00e8re tout en fumant cibiche sur cibiche. Des bars o\u00f9 on \u00e9coutait, plong\u00e9 dans un nuage de nicotine et de goudron, des concerts de rock \u00e0 plus de 105 d\u00e9cibels sans m\u00eame craindre une descente de flics (ni m\u00eame d\u2019organes, on \u00e9tait jeunes). Des bars o\u00f9, accroch\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 plus d\u2019heure au zinc comme des moules \u00e0 leur rocher, on se crachotait gaiement au visage (pour vous dire que c\u2019\u00e9tait dans une autre vie&nbsp;!) entre partenaires sourdingues de comptoir dans d\u2019interminables et vaines tentatives de conversations. Je vais pas vous la faire \u00ab&nbsp;c\u2019\u00e9tait mieux avant&nbsp;\u00bb en mode vieux ringard nostalgique qui commence \u00e0 radoter. Mais quand m\u00eame. Au tournant du mill\u00e9naire, le sc\u00e9nar du film s\u2019est mis \u00e0 d\u00e9conner s\u00e9v\u00e8re et on s\u2019est retrouv\u00e9 embringu\u00e9 dans un nanar apocalyptique vraiment merdique. A cette \u00e9poque lointaine donc, o\u00f9 le r\u00e9chauffement climatique ne tuait pas encore autant qu\u2019Al Qa\u00efda (ou l\u2019inverse je ne sais plus), j\u2019\u00e9tais en Contrat Emploi Solidarit\u00e9. Un emploi aid\u00e9 \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e. J\u2019avais 25 piges bien tass\u00e9, fini mes \u00e9tudes bac + glandouille, rempli mes obligations nationales et aucune id\u00e9e de ce que j\u2019allai bien pouvoir faire du reste de ma vie. Para\u00eet qu\u2019il \u00e9tait temps de devenir adulte. Qu\u2019il fallait gagner sa cro\u00fbte. Travailler quoi. N\u2019ayant jamais eu tellement d\u2019ambition dans ce domaine, j\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 tout pour y \u00e9chapper. Et ne pas vouloir bosser, c\u2019est un boulot parfois \u00e9reintant. Dans l\u2019ensemble je m\u2019en suis pas mal sorti. Le dilettantisme a toujours eu mes faveurs. En attendant de trouver ma future (enchanteresse) voie et dans l\u2019espoir que mon assistante sociale me l\u00e2che \u00e0 la fois mon RMI et les pompes, je zigzaguais (\u00e0 l\u2019occasion) entre un contrat en int\u00e9rim et une formation en informatique. Poser de l\u2019enrob\u00e9 sur la route c\u2019est rigolo, \u00e0 condition de ne pas revenir en semaine 2. Se former \u00e0 la PAO eut \u00e9t\u00e9 aussi tr\u00e8s amusant s\u2019il n\u2019y avait eu ces cauchemardesques stages en entreprises compris dans le package. Le bon c\u00f4t\u00e9 de la chose c\u2019est que ces exp\u00e9riences (aussi modestes soient elles) me d\u00e9cid\u00e8rent une fois pour toute \u00e0 fuir le salariat. Je passais quand m\u00eame un ultime deal avec l\u2019ANPE (le dernier de ma vie donc) et me retrouvais dans cette Biblioth\u00e8que universitaire \u00e0 toucher des indemnit\u00e9s de mis\u00e8re qui n\u2019ouvraient droit ni \u00e0 la retraite (je m\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fait une raison \u00e0 ce sujet depuis longtemps) ni au chomdu (dommage). Un statut de stagiaire, de pr\u00e9caire, de sous travailleur, de sous-homme. En contrepartie, c\u2019\u00e9tait pas la charge de boulot qui allait me tuer. Pour s\u00fbr, l\u2019ambiance \u00e9tait pas violente. Tellement coolos et \u00e0 deux \u00e0 l\u2019heure que \u00e7a sentait l\u2019ennui et la d\u00e9pression \u00e0 tous les \u00e9tages. Des magasiniers (dont je faisais parti) aux conservateurs, tout le monde avait le m\u00eame tempo moribond. M\u00eame si cette exp\u00e9rience fut d\u00e9j\u00e0 trop longue \u00e0 mon go\u00fbt (un an quand m\u00eame ! bien heureusement \u00e0 mi-temps) j\u2019en garde bizarrement un assez bon souvenir. Peut \u00eatre le meilleur de ma courte vie de salari\u00e9. Se promener seul en musardant, le nez dans les livres, au milieu des interminables rayons de l\u2019entrep\u00f4t-r\u00e9serve grand comme un hypermarch\u00e9, c\u2019\u00e9tait assez plaisant. Contractuellement oblig\u00e9 de suivre une formation en mode insertion (j\u2019ai \u00e9t\u00e9 beaucoup ins\u00e9r\u00e9 dans ma vie) histoire de justifier le pognon l\u00e2ch\u00e9 par l\u2019\u00c9tat, je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 mon corps d\u00e9fendant \u00e0 passer le concours de Biblioth\u00e9caire. G\u00e2chons tout de suite le suspense&nbsp;: je ne l\u2019ai pas eu. Ouf&nbsp;! Vous le devinez, j\u2019ai bien \u00e9t\u00e9 soulag\u00e9 de cet \u00e9chec cinglant. L\u2019histoire s\u2019\u00e9tait pourtant mal engag\u00e9e&nbsp;: j\u2019avais obtenu les \u00e9crits avec une d\u00e9concertante facilit\u00e9. J\u2019avais cons\u00e9quemment \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9 pour une longue journ\u00e9e d\u2019oraux \u00e0 Bordeaux o\u00f9 je m\u2019\u00e9tais retrouv\u00e9 bien esseul\u00e9 au milieu d\u2019une soixantaine de gonzesses, genre premi\u00e8res de la classe (ou qui auraient bien voulu l\u2019\u00eatre un jour), toutes farouchement pr\u00eates \u00e0 la comp\u00e9tition. Ce qui n\u2019\u00e9tait pas mon cas. Je les laissais donc bien volontiers et sans rancune \u00e0 leurs morbides rivalit\u00e9s. On pouvait s\u2019en douter&nbsp;: l\u2019ambiance n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s punky. Que des tronches tr\u00e8s ordinaires de citoyen-nes tr\u00e8s moyen-nes \u00e0 la recherche d\u2019une situation alimentaire. De bonnes t\u00eates de profs des \u00e9coles (pardon maman). Je les soup\u00e7onnais d\u2019ailleurs d\u2019avoir foir\u00e9 leur entr\u00e9e \u00e0 l\u2019IUFM pour se retrouver l\u00e0 en pur d\u00e9sespoir. En cas de nouvel \u00e9chec, se retrouveraient elles probablement \u00e0 passer un concours des Imp\u00f4ts. Je l\u2019avoue, mes remembrances de cette tragique journ\u00e9e sont aussi rares qu\u2019impressionnistes. Peut \u00eatre m\u00eame tr\u00e8s d\u00e9form\u00e9es. Seuls quelques souvenirs plus pr\u00e9cis ont vaguement r\u00e9sist\u00e9 au temps. Comme l\u2019oral d\u2019english, because of un article scientifique sur le DNA auquel j\u2019avais rien understood\u00e9. J\u2019avais donc \u00e9t\u00e9 very incapable d\u2019exprimer all mes talents d\u2019anglophone niveau coll\u00e8ge. Too bad&nbsp;! La wannabe biblioth\u00e9caire qui me pr\u00e9c\u00e9dait avait quant \u00e0 elle tir\u00e9 un texte sur ETA (auquel elle n\u2019avait rien pan\u00e9 non plus) qui aurait quand m\u00eame mieux fait mes affaires, plus int\u00e9ress\u00e9 que j\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019\u00e9poque par la lutte en Euzkadi que par la science g\u00e9n\u00e9tique. J\u2019en avais fait ni un cake ni une jaunisse, candidat jean-foutre que j\u2019\u00e9tais. Puis le Grand Jury Final dont l\u2019interrogatoire fa\u00e7on maison poulaga avait achev\u00e9 d\u2019une pierre deux coups cette longue journ\u00e9e et ma prometteuse carri\u00e8re de fonctionnaire. \u00ab&nbsp;Pourquoi voulez vous \u00eatre biblioth\u00e9caire&nbsp;?&nbsp;\u00bb N\u2019ayant pas eu le courage de leur r\u00e9pondre avec panache que ce serait probablement plus bonnard que de couler, qu\u2019il g\u00e8le ou qu\u2019il canicule, de l\u2019enrob\u00e9 bouillant sur mes pieds jusqu\u2019\u00e0 ce que mort s\u2019en suive, ma r\u00e9partie bateau sur l\u2019apport de la culture gratuite au populo n\u2019avait pas sembler les exciter. Je les comprends. Quant \u00e0 la question subsidiaire et r\u00e9dhibitoire \u00e0 1000 francs (oui je vous l\u2019ai dit, c\u2019\u00e9tait il y a longtemps)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pouvez vous nous nommer un auteur argentin&nbsp;?&nbsp;\u00bb elle m\u2019avait tellement scotch\u00e9, que plut\u00f4t que d\u2019inventer au tac au tac et avec aplomb le blase imaginaire d\u2019un \u00e9crivain danseur de tango (je regrette l\u00e0 aussi de n\u2019en avoir pas eu l\u2019audace), je suis rest\u00e9 la bouche ouverte d\u2019ignorance, comme le dernier des Chti vs les Marseillais. Mon inculture et la caisse qu\u2019ils m\u2019ont coll\u00e9 \u00e0 la fin m\u2019a sauv\u00e9 la vie. Merci \u00e0 eux. Je n\u2019avais aucune envie de finir comme ces ronds-de-cuir-zombis. Pas plus que de me retrouver \u00e0 Tataouine dans une m\u00e9diath\u00e8que de 3<sup>e<\/sup> cat\u00e9gorie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; font-size: 17px;\">J\u2019ai m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chi. Oui, \u00e7a m\u2019arrive. Surtout quand il s\u2019agit d\u2019une chose aussi importante que cette histoire de d\u00e9sherbage. Il m\u2019a fallu un peu de temps (et j\u2019en ai largement eu assez durant cette longue divagation narrant ma vie de biblioth\u00e9caire fumiste) mais la conclusion est sans appel&nbsp;: il m\u2019est assur\u00e9ment impossible de me s\u00e9parer d\u2019un seul livre&nbsp;! Chacun d\u2019eux a rejoint ma Biblioth\u00e8que pour une bonne raison. Tant pis si cette bonne raison a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e depuis longtemps. Ils sont l\u00e0 et ils sont tous un peu de moi. Alors d\u00e9sherber ma Biblioth\u00e8que ? Que dalle&nbsp;! Macache&nbsp;! Peau de zob&nbsp;! En attendant la tr\u00e8s hypoth\u00e9tique construction d\u2019une plus grande biblioth\u00e8que, les piles de livres vont continuer \u00e0 pousser n\u2019importe comment au pied de l\u2019ancienne, fa\u00e7on champignonni\u00e8re sauvage. Il y a des lecteurs (para\u00eet-il) qui ne gardent aucun livres&nbsp;; qui s\u2019en d\u00e9barrassent \u00e0 peine la derni\u00e8re ligne termin\u00e9e. Quelle bizarrerie&nbsp;! Et je ne vous cause m\u00eame pas de l\u2019aberration de lire des livres \u00e9lectroniques sur une liseuse. Pourquoi pas non plus \u00e9couter de la musique que sur Deezer, sans jamais toucher, zieuter, renifler la belle pochette de la galette qui r\u00e9volutionne sur la platine&nbsp;?! A quoi bon cette seule jouissance imm\u00e9diate et furtive&nbsp;? Sans attente. Sans jeux pr\u00e9liminaires. Sans tripotage. Sans plaisirs sensuels avec l\u2019objet. Je suis un bibliomane, un f\u00e9tichiste et un accumulateur et je ne suis pas pr\u00eat \u00e0 abandonner un seul de mes chers tr\u00e9sors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; font-size: 17px;\">J\u2019ai finalement rendu ma copie avant la deadline. L\u2019accouchement a \u00e9t\u00e9 long. Et parfois douloureux. Comme pr\u00e9vu, mon \u00ab&nbsp;talent d\u2019\u00e9criture m\u00e9nager&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 rude \u00e9preuve. J\u2019ai beaucoup digress\u00e9, radot\u00e9, zigzagu\u00e9. Sans savoir si j\u2019\u00e9tais (m\u00eame vaguement) dans les clous de la th\u00e9matique attendue. Je vous ai racont\u00e9 beaucoup. Souvent n\u2019importe quoi. Et pourtant je ne vous ai pas encore tout dit sur mes livres et ma Biblioth\u00e8que. Si la camarade-commissaire des \u00e9ditions de la Derni\u00e8re Chance m\u2019offre de revenir un jour pour jaspiner \u00ab&nbsp;livres, lecture, litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb, je vous entretiendrais alors de chinage, de seconde main, de collectionnite et de d\u00e9rives urbaines et rurales chez les bouquinistes et vide-greniers. Peut \u00eatre.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"600\" height=\"400\" src=\"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/\/293917333_3240595669518478_9100775081124781406_n-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2347\" srcset=\"https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/293917333_3240595669518478_9100775081124781406_n-1.jpg 600w, https:\/\/www.la-petroleuse.com\/blog\/wp-content\/uploads\/293917333_3240595669518478_9100775081124781406_n-1-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LA BIBLI A BIBI par Mat Petrolo (Janvier 2021) Quand la tauli\u00e8re des \u00e9ditions de la Derni\u00e8re Chance m\u2019a propos\u00e9 de participer \u00e0 ce projet pour y causer \u00ab&nbsp;livre, lecture, litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb, j\u2019ai dit banco. Illico. Sans h\u00e9siter. 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